La nature de vos cosmétiques, l'excellence de soins

Copaïba au quotidien...

Copaïba partage ici quelques réflexions quand à son travail quotidien.
La cosmétique est aussi un métier de tous les jours, avec ses mille et une facettes.

 

 

[17 novembre 2020] avant d'opter pour une ligne de cosmétiques en marque blanche ...

Les cosmétiques en marque blanche sont souvent proposés en tant que solutions pour pouvoir commercialiser sa propre marque de cosmétiques. Dans les faits, une personne désireuse de créer sa ligne de soins s'adresse à un laboratoire, qui lui propose alors des solutions standards, en vantant la facilité, la rapidité et l'économie du processus.

Chez Copaïba cependant, cette façon de faire nous laisse perplexe. Car nous y voyons plusieurs problèmes insolubles :

1- le défaut d'exclusivité, de personnalisation, d'authenticité
Ces solutions standards sont à prendre pour ce qu'elles sont : des formules préalablement développées, souvent déjà mises sur le marché, mais que le laboratoire vous propose d'étiqueter à votre nom. Nous pourrions dire que le processus serait exactement le même si vous décidiez d'acheter un cosmétique en grande surface et décidiez d'en remplacer l'étiquette par la vôtre.

Bien sûr, parfois certaines personnalisations sont possibles : vous pourrez peut-être changer de parfum, remplacer une huile végétale par une autre, introduire un actif différent ... mais rien de fondamentalement neuf par rapport au produit de départ.

Ne le nions pas, cette façon de faire présente quelques avantages. Ainsi, la procédure est nettement plus aisée pour le laboratoire, qui n'a qu'à puiser dans son stock de références pour vous présenter une foultitude de textures, parfums ou couleurs. Elle est également plus rapide, puisqu'il n'y a en fait pas d'étapes de formulation : vous choisissez une référence, le laboratoire met en production, et vous avez vos cosmétiques. Et généralement, les avantages économiques sont mis en avant.

Chez Copaïba, nous voyons les choses tout-à-fait autrement. Nous travaillons les ingrédients nobles, les belles textures, les senteurs exécutées de main de maître. Il n'y a jamais de standardisation dans nos formules, mais tout est conçu, imaginé, formulé afin d'obtenir un cosmétique qui réponde réellement à vos attentes. Vos désirs en terme d'ingrédients, de senteurs, de touchers sont importants pour nous, et nous les matérialisons par des formules minutieusement travaillées, qui vous correspondront.

Bien sûr, comme ces formules sont conçues pour vous, et exclusivement pour vous, vous ne les retrouverez jamais sous le marché avec l'étiquette d'un concurrent. Comme elles sont conçues pour vous, et exclusivement pour vous, chaque ingrédient constitutif vous aura été présenté, expliqué, détaillé avant d'être introduit dans la formule. Comme elles sont conçues pour vous, et exclusivement pour vous, vous aurez pu en tester les textures, demander mille et une modifications, avant d'en faire votre cosmétique, celui vous appartiendra réellement, et qui portera votre marque.

Reste donc l'avantage de temps et d'argent. Sans doute les formules standards sont-elles présentées comme plus rapides, mais dans les faits, Copaïba n'éparpillant ni son temps ni son savoir-faire, nous pouvons nous targuer de pouvoir répondre aux délais les plus exigeants. Quant à l'économie, nous sommes dubitatifs : certes, les solutions standards permettent de répartir les coûts de formulation sur plusieurs marques de cosmétiques, mais combien de formules ne seront jamais élues, et resteront dans les tiroirs ... et l'un dans l'autre, projet après projet, Copaïba démontre que travailler sur mesure peut se révéler bien moins cher que via des solutions standards, en marque blanche. Car chez Copaïba, non seulement vous devenez propriétaire de vos formules, mais aussi vous fabriquez le nombre de pièces que vous souhaitez. Et commencer petit est souvent la meilleure façon de devenir grand.

2- l'oeil soupçonneux du législateur
Il est pour Copaïba de première importance que chaque personne qui appose son nom ou sa marque sur un cosmétique soit propriétaire de ses formules. Car être propriétaire, ce n'est pas seulement en faire ce que l'on souhaite comme les exploiter, les vendre, les céder, les breveter ... librement, mais cela implique aussi de les connaître en détail. Les ingrédients, leurs proportions, leurs origines et leurs fournisseurs, le mode de fabrication, les procédures de qualité, ... tout cela doit vous être connu, en détails.

Et la chose dépasse le stade de l'honnêteté intellectuelle qui fait dire à Copaïba que le vendeur, mieux encore, la personne qui se présence comme concepteur d'une marque de cosmétiques, doit les connaître. Car le législateur également abonde dans ce sens. Et travailler en marque blanche ne se fait pas sans être aux marges de la loi, parfois du mauvais côté, celui qui attire les ennuis.

La situation peut en effet être résumée comme suit : en son 1223/2009/CE art. 19 point 1, le législateur exprime que le nom de la personne responsable doit figurer sur l'étiquette du produit. Si il y est écrit Viviane Élisabeth Fauville*, c'est Viviane Élisabeth Fauville qui est responsable du cosmétique. Responsable au sens qu'elle est notamment soumise à la litanie d'obligations du 1223/2009/CE art. 5 [conformité aux termes de la loi des fabrications, étiquetages, dossier cosmétique, notification européenne, ...] mais également collaboration avec les autorités sanitaires en cas d'effet indésirable grave [1223/2009/CE art. 23] ou encore de soucis divers et variés [1223/2009/CE art. 25]. Bref, si votre nom est écrit sur l'étiquette de votre cosmétique, marque blanche ou pas, c'est vous que les autorités sanitaires viendront trouver.
* Julia Deck, dont nous admirons les écrits, nous pardonnera l'emprunt de ce chantant patronyme [roman éponyme aux Éditions de Minuit]

Bien sûr, le laboratoire qui vous aura présenté le cosmétique standard, celui qui vous a été vendu en marque blanche puis étiqueté à votre nom, pourra vous rassurer : tout est prévu, le cosmétique respecte parfaitement les exigences légales, le dossier cosmétique [1223/2009/CE art. 11] a bien été rédigé, et donc tout est en ordre. En cas de question des autorités, la laboratoire se fera un plaisir d'y répondre.

Pourtant, Copaïba qui travaille chaque jour à lever mille et une incertitudes sur les cosmétiques, considère cette situation comme terriblement inconfortable. Vous êtes responsable d'un cosmétique dont vous ne savez rien, ou du moins pas grand-chose, et ses secrets ne vous sont pas accessibles. Si pour quelle raison que ce soit, le laboratoire ne tient pas sa promesse et ne répond pas aux questions des autorités [parce qu'il n'existe plus, parce qu'un conflit existe entre lui et vous, parce ses archives ne sont pas aussi nettes qu'annoncées, ...], ces dernières vont rester sans réponse, et ... les ennuis seront pour vous !

Certes, il existe bien des laboratoire très sérieux qui vendent des marques blanches, des gens très professionnels qui ne badinent pas avec les termes de la loi et sont conscients de leurs reponsabilités. Et si vous désirez travailler en marque blanche, ces personnes vous conseilleront avec talent. Par contre, nous aurons attiré votre attention sur les risques possibles dans cette manière de faire.

 

Alors, il y a bien une solution. Au lieu d'inscrire votre seul nom sur l'étiquette, ce qui vous désigne comme personne responsable, vous inscrivez en termes clairs et explicites que la personne responsable et fabricant* est, disons, le Laboratoire de la Geneste à Troussaletnote 1. En cas de soucis ou pour toute question, les autorités sanitaires s'adresseront donc à votre laboratoire. Et vous voilà sauvé !
* le 1223/2009/CE exprime que la personne responsable et le fabricant sont a priori la même personne, sauf dispositions spécifiques en sens contraire; cette solution, où le fournisseur de départ est plus ou moins connu du client, est parfois appelé marque grise.

C'est une solution, une solution prudente même. Par contre, vous désignez à tous que vous n'êtes pas le concepteur du cosmétique, que vous l'avez acheté en marque blanche, et que si quelqu'un veut vous concurrencer avec le même produit, il lui suffit de contacter le Laboratoire de la Geneste à Troussalet que vous renseignez si gentiment sur vos étiquettes. Alors, bien sûr, des astuces existent pour éviter les premiers problèmes [la responsabilité d'un cosmétique que vous ne connaissez pas] comme les seconds [désigner à vos concurrents qui a conçu votre cosmétique et qui pourra le réaliser à l'identique pour eux]. Mais toutes passent par un sac d'intermédiaires et d'embrouilles et de contrats, et toutes en pratique se montrent déraisonnables.

Sans compter que si le laboratoire fabricant, celui qui vous a vendu la marque blanche, venait à disparaître, votre projet est brisé. Par contre, en étant propriétaire de vos formules, vos cosmétiques pourront toujours renaître ailleurs.

Ceci expliquant la position de Copaïba : un cosmétique se doit d'être conçu, en toute exclusivité et en totale propriété, pour la personne qui le demande; cette personne doit être au courant de tous les détails du cosmétiques, des ingrédients aux étiquettes en passant par les modes de production ou l'analyse de sécurité du dossier cosmétique; ainsi elle pourra fièrement afficher son nom sur le cosmétique, tout en ayant tous les documents nécessaires à montrer aux autorités sanitaires si tant qu'elles venaient à poser des questions.

 

 Copaiba blog marque blanche

[Couverture du Journal Tintin, 1953 - Blake et Mortimer, Edgar P. Jacobs]

Nous exagérerions donc en laissant entendre qu'une marque blanche constitue un cauchemar au sens de la Marque Jaune qui a mis Londres en émoi en 1953. Mais disons juste que professionnellement, nous ne préconisons donc pas le recours à cette solution. Et avouons que la tentation de profiter de l'expression pour rendre hommage au talent d'Edgar P. Jacobs était trop forte ...

note 1 : les étangs de la Geneste, à Troussalet, sont évidemment ce lieu d'une autre aventure de Blake et Mortimer : SOS Météores [1958]. À part l'installation de l'inquiétant professeur Miloch Georgevitch secondé par le toujours infâme Olrik, il ne s'y trouve évidemment pas de laboratoire cosmétique !

 

 

[14 septembre 2020] ce qui se conçoit bien se commercialise aisément

Construire un cosmétique dans l'optique de le voir un jour commercialisé est un processus complexe. Beaucoup d'aspects doivent être pris en compte, et aucun ne peut être négligé.

Dans l'ensemble, il faut penser à tout ce qui touche à la formule et à la législation. Et ces deux pôles sont étroitement imbriqués, avec des considérations techniques, écologiques, mercatiques, pratiques, logistiques, toxicologiques, esthétiques, ... . Chaque pièce du puzzle doit trouver sa bonne place, sans quoi l'ensemble restera bancal. C'est là aussi tout le sens du logo de Copaïba.

La première chose à entreprendre est sans doute de lire le 1223/2009/CE [texte premier] et le 655/2013/CE [allégations]. Ces réglementations vous expliqueront l'essentiel de la législation cosmétique européenne, nonobstant la vingtaine d'amendements actuels et autres lignes directrices.

A- la formulation
01. l'idée – quel va être mon cosmétique, pour quelle type de peau et/ou de public vais-je le construire
02. le concept – quels ingrédients permettraient de formuler ce cosmétique, en termes de texture, senteur, efficacité, stabilité, et peut-être de critères annexes [sourçage éthique et/ou éco-responsable, naturalité, bio, ...]
03. les ingrédients – les ingrédients imaginés en 02 sont-ils disponibles, et ce à des coûts et quantités raisonnables, avec toutes les documentations souhaitables [cfr ce blog au 08 juillet 2019 : identité, analyse, sécurité]; en connais-je le statut légal [substances listées aux annexes du 1223/2009/CE] et leur profil de sécurité [concentrations judicieuses ...]
04. les contenants – dans quel type de pots ou flacons vais-je mettre ma formule; sont-ils disponibles, et ce à des coûts et quantités raisonnables, avec toutes les documentations souhaitables [cfr par exemple 2013/674/UE point 3.4.3]
05. la formule – il convient d'écrire, sur base des éléments nécessaires définis en 02 et des aspect pratiques réunis en 03, une formule [autrement dit, une liste d'ingrédients vs %] qui de plus soit raisonnablement fabricable et économiquement viable
06. la mise au laboratoire – la formule imaginée donne-t-elle les résultats espérés en 02, et sinon quelles modification 05 dois-je faire pour les atteindre
07. la stabilité – ma formule est-elle stable dans le temps et dans les conditions probables [températures, transports, contacts de l'utilisateur, ...] de son existence
08. la microbiologie – ma formule est-elle microbiologiquement propre, et résistera-t-elle aux contaminations microbiologiques [cfr ce blog au 21 février 2018 : la qualité microbiologique du cosmétique et le challenge-test]
09. la finalisation – ma formule répond à mes attentes définies au 02, est stable comme étudié au 07, résiste aux microbes comme validé au 08, les contenants définis au 04 conviennent – il est temps de valider cette première étape [vérification et enregistrement de chaque détail : formule, ingrédients, mode opératoire, éléments observables lors du processus de fabrications, résultat final, contrôles, ... – cfr également ce blog au 22 novembre 2019 : caractéristiques physiques & chimiques du cosmétique et stabilité, point 1]

Copaiba blog cosmetique 01 formule

B- les étiquetages
01. contiennent-ils tous les éléments prévus au 1223/2009/CE art. 19 point 1 : personne responsable, contenu, péremption, précaution d'emploi, numéro de lot, fonction du cosmétique, liste des ingrédients
02. ne contiennent-ils pas des éléments qui dépassent ce que permis par le 655/2013/CE : des allégations un brin optimistes, des revendications basées non pas sur des faits scientifiques mais sur les potins du net, une image donnée du cosmétique qui ne correspond pas à la réalité, ...
03. la langue dans laquelle sont rédigés mes étiquetages est-elle celle prescrite par la région ou le pays dans lequel mes cosmétiques vont être commercialisés
04. les indications relevant des autorités commerciales [masse ou volume et symbole de caractère unicode U+212E] sont-elles libellés comme il le faut [place et taille notamment]
05. les symboles 1223/2009/CE ann. VII n°2 [durée d'utilisation après ouverture] et n°3 [date de durabilité minimale] sont-ils utilisés à bon escient, et les dates apposés correspondent-elles à une réalité validée
06. les ingrédients sont-ils bien listés selon la nomenclature prévue à cet effet [2019/701/CE]
07. les substances à lister [par exemple celles stipulées au 1223/2009/CE ann. III n°68-92] figurent-elles dans la liste des ingrédients
08. les mentions prévues par le législateur [cfr annexes du 1223/2009/CE notamment] sont-elles bien présentes sur les étiquetages
09. sont-ils suffisamment résistants aux frottements, aux contact avec les doigts, ...
10. sont-ils possibles à apposer sur mes contenants [taille, géométrie, nature de la colle, techniques d'impressions directe sur les contenants, ...]
11. sont-ils esthétiquement valables, cohérents avec le reste de ma gamme, attirants et lisibles, ...

Copaiba blog cosmetique 02 etiquetages

 

C- le dossier cosmétique
01. comprend-il tous les éléments repris au 1223/2009/CE ann. I [partie A + partie B]
02. ainsi que la vérification des étiquetages vs 1223/2009/CE art. 3, vs 1223/2009/CE art. 19, et vs 655/2013/CE notamment
03. est-il signé par une personne titulaire des diplômes visés au 1223/2009/CE art. 10
04. cette dernière a-t-elle sans ambiguité aucune conclu que le cosmétique répondait aux exigences du 1223/2009/CE et donc que le cosmétique pouvait être commercialisé au sein de l'Espace Économique Européen
05. est-il régulièrement revu si pas actualisé [cfr ce blog au 11 juillet 2018 : un dossier cosmétique n'est pas éternellement figé]
06. la notification au CPNP [Cosmetic Product Notification Portail] a-t-elle été réalisée, en ai-je le reçu électronique, les coordonnées de la personne de contact sont-elles bien correctes, en ai-je les codes d'accès pour une éventuelle modification

Copaiba blog cosmetique 03 dossier

D- la fabrication
01. le fabricant est tenu d'observer les bonnes pratiques de fabrication ISO 22716 [cfr ce blog au 16 juin 2020 : l'ISO 22716 et les pratiques de bonne fabrication]
02. tous les éléments techniques de votre cosmétique [ingrédients, flaconnages, étiquetages, numéros de lots, formule, mode de fabrication, ...] et les quantités à produire sont-elles bien connues de votre fabricant
03. la fabrication a été testée en conditions réelles, et le protocole ajusté [en règle générale, il convient de réaliser un lot en conditions réelles, notamment de volumes, afin de valider l'ensemble du processus : formule, protocole, contenants, étiquetages, ...]
04. évidemment, vous pouvez être votre propre fabricant – ce qui ne vous dispense pas de respecter les points 01 & 02.

Copaiba blog cosmetique 04 fabrication

...

Bien sûr, Copaïba est à votre service pour vous apporter son savoir-faire, et vous permettre de franchir toutes ces étapes avec sérénité.

Copaiba blog cosmetique 05 tranquille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les illustrations de ce texte sont un hommage aux personnages créés dès 1958 par le génial Peyo, et qui soixante ans plus tard continuent de nous fasciner. Et le titre est paraphrasé de la célèbre maxime de Nicolas Boileau – Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément – en son Art Poétique [1674]

 

[02 septembre 2020] et si nous parlions de naturalité ...

 

Copaïba est un spécialiste des cosmétiques naturels, et il n'est pas étonnant que souvent lui soit demandé des formules renfermant majoritairement ou même exclusivement des ingrédients naturels.

Mais rapidement se pose la question de la définition complète de la naturalité. Car si certaines choses sont évidentes, comme l'eau qui peut être trouvée dans la rosée, la pluie ou les cours d'eau, d'autres le sont beaucoup moins.

Par exemple, les huiles essentielles sont largement reconnues comme des produits naturels. Cependant, l'esprit pointilleux fera remarquer que la distillation des huiles essentielles produit bon nombre de molécules qui ne sont pas présentes dans le végétal de départ, ou alors à des taux fort faibles par rapport à ceux trouvés dans l'huile essentielle. Un exemple très parlant, parce que fort visible, concerne la camomille sauvage, dite camomille allemande ou camomille matricaire [Matricaria recutita – la taxonomie des camomille reste un cauchemar de botaniste, avec de nombreux errements au cours de l'histoire de leur classification]. Cette huile est bleu, bleu foncé intense même – alors que la fleur est jaune à pétales blancs, comme celle de la camomille romaine ou camomille noble [Chamaemelum nobile]. Et si l'huile essentielle est bleue alors que la fleur que l'on distille ne l'est pas, c'est parce que cette distillation dégrade la matricine en chamazulène.

Copaiba blog ISO 16128 matricin chamazulene

La formule entière est celle de la matricine, présente dans la fleur de camomille sauvage. Lors de la distillation, les parties colorées sont arrachées de la molécule, et il ne reste plus que le chamazulène, illustré en noir [les puristes nous pardonneront quelques approximations quant à cette dernière]

La matricine est naturellement présente dans la fleur de camomille sauvage – c'est une molécule complexe, qui se présente sous forme d'un solide cristallisé incolore, avec des propriété anti-inflammatoires marquées – mais pas le chamazulène. Ce dernier apparaît lors de la dégradation thermique de la matricine, et se présente sous forme d'une huile bleue, avec également des propriétés anti-inflammatoires, mais moitié moindres que celles de la matricine. Alors, le chamazulène, créé de toutes pièces lors de la distillation, est-il réellement une molécule naturelle, et l'huile essentielle de camomille sauvage l'est-elle également ...

Un autre type de souci qui peut rapidement se poser peut être illustré par le cas de la glycérine végétale. Car bien qu'il lui soit reconnu un caractère naturel, elle n'est que peu présente dans le monde naturel. En fait, la glycérine est largement répandue dans le monde végétal, mais dissimulée au sein des huiles végétales, qui sont principalement constitués de triglycérides – trois molécules d'acides gras greffés sur une molécule de glycérine [nous en avons déjà parlé dans l'article du 12 juin 2019 – les huiles fragiles mènent aux cosmétiques fragiles]. Et pour extraire la glycérine des triglycérides, il faut hydrolyser la molécule. La méthode est connue des siècles, c'est celle qui mène aux savons, type savon de Marseille. Alors, la glycérine, qui n'apparaît qu'après traitement des huiles végétales avec de la soude ou de la potasse, est-elle réellement une molécule naturelle ...

Ce genre d'exemple peut être décliné à l'infini, et plus on connaît la biochimie végétale et la cosmétique naturelle, plus on peut soulever d'interrogations. Et entre ce qui est réellement naturel [l'eau est naturelle] et ce qui ne l'est pas [un polytétrafluoroéthylène comme celui du revêtement anti-adhésif de nos ustensiles de cuisine ne l'est pas], une zone floue substiste. Et ce sont ces incertitudes que l'ISO16128 se propose de lever.

Cette norme ISO16128 [Cosmétiques – Lignes directrices relatives aux définitions techniques et aux critères applicables aux ingrédients et produits cosmétiques naturels et biologiques] est divisée en deux parties, intitulées ISO16128-1  [Définitions des ingrédients] et ISO16128-2 [Critères relatifs aux ingrédients et aux produits]. Il y est précisé que l'ISO16128-1 "fournit des lignes directrices relatives aux définitions applicables aux ingrédients cosmétiques naturels et biologiques" tandis que l'ISO16128-2 explique dans sa présentation qu'elle "décrit les méthodes de calcul des indices [...] qui s'appliquent aux catégories d'ingrédients définies dans l'ISO16128‑1". Et il est également bien stipulé que cette norme ne traite pas "de la communication sur les produits [par exemple, les revendications et l'étiquetage], de la sécurité pour l'homme, de la sécurité environnementale, des aspects socioéconomiques [par exemple, le commerce équitable], des caractéristiques des matériaux d'emballage, ni des exigences réglementaires applicables aux produits cosmétiques." Les choses sont donc bien claires : la norme ISO16128 permet de définir les ingrédients naturels et biologiques – et a fortiori ceux qui ne le sont pas – mais s'arrête là. Ce qui ne l'empêche pas de constituer la norme actuelle la plus robuste pour établir clairement ce qui nous intéresse ici, à savoir si un ingrédient cosmétique est naturel ou non.

Et donc l'organisation internationale de normalisation [ISO], dont le rôle est de contribuer à l'édition de normes internationales, a souhaité via cet ISO16128 lever les confusions entretenues par la prolifération de labels privés et/ou nationaux, parfois conflictuels – sans compter que les industries comme les consommateurs souhaitent de la clarté, de la transparence et la fin du greenwashing [ce terme désignant le fait de faire passer pour "vert" ce qui ne l'est pas vraiment].

Cette nouvelle norme classe les ingrédients cosmétiques – rappelons qu'elle se limite bien aux seuls ingrédients cosmétiques – en ingrédients naturels, naturels dérivés, et ingrédients non naturels. Avec quelques compléments que nous n'aborderons pas ici.

Les ingrédients naturels y sont définis comme "des ingrédients [...] obtenus uniquement à partir de plantes, d'animaux, d'origine microbiologique ou minérale [...] par des procédés physiques [par exemple, broyage, séchage, distillation, etc], des réactions de fermentation se produisant dans la nature et conduisant à des molécules qui la nature, et d'autres procédures de préparation, y compris les procédures traditionnelles [par exemple, l'extraction au moyen solvants] sans modification chimique intentionnelle"; et il y ajouté que "les plantes, y compris les champignons et les algues, les minéraux, les animaux, les microorganismes" sont d'origine naturelle, tandis que "les ingrédients obtenus à partir de combustibles fossiles sont exclus de la définition".

Nous voilà déjà rassurés quant aux huiles essentielles, et à celle de camomille sauvage notamment, puisqu'il s'agit bien d'un ingrédient obtenu à partir d'une plante [la camomille sauvage] par un procédé physique [distillation].

La catégorie suivante concerne les ingrédients naturels dérivés, qui sont des ingrédients cosmétiques dont plus de 50% du poids moléculaire est d'origine naturelle, et obtenus par des processus chimiques et/ou biologiques dans l'intention de modification chimique – rappelons que la catégorie précédente, les ingrédients naturels, excluait cette modification intentionnelle. Bien entendu, si un tel ingrédient est obtenu par recombinaison d'ingrédients naturels, il sera entièrement naturel, même si naturel dérivé.

C'est ainsi que la glycérine végétale, issue des huiles végétales [lesquelles sont bien naturelles puisque obtenues à partir d'une palnte par un procédé physique – le pressage] et de soude [avec donc une modification chimique intentionnelle – séparer le glycérine des acides gras], est un ingrédient naturel dérivé.

Les ingrédients non naturels enfin sont ceux obtenus à partir de combustibles fossiles ou les ingrédients ayant plus de plus de 50% du poids moléculaire d'origine non naturelle. Le propylène glycol, les huiles minérales, la diméthicone, ... sont des ingrédients non naturels.

 

Un ingrédient naturel aura un natural index [NI] de 1; un ingrédient non naturel aura un natural index [NI] de 0.
Un ingrédient naturel dérivé aura un natural origin index [NOI] égal à la part d'origine naturelle de son poids moléculaire, fraction évidemment comprise entre 1 [tout y est d'origine naturelle] et 0.5 [si la part d'origine naturelle est inférieure à 0.5, il n'est plus considéré comme naturel].

Ainsi, le SODIUM COCOYL ISETHIONATE, moussant doux largement utilisé dans les savons durs, présente-t-il un poids moléculaire de 326* [l'entièreté de la molécule pèse 326], mais la partie issue du naturel ne pèse que 222; ce qui nous donne un rapport de 222/326, soit 0.68 ... au-dessus de 0.5, le SODIUM COCOYL ISETHIONATE peut être classée comme ingrédient naturel dérivé.
* la valeur du poids moléculaire est un chiffre sans unité [elle ne se calcule pas en grammes par exemple], parce qu'il s'agit d'un ratio : la masse de la molécule par rapport à la masse de l'atome d'hydrogène [nous simplifions un brin pour ne pas alourdir encore ce blog] – et un ratio d'une unité de masse par rapport à une autre unité de masse est bien une valeur sans unité.

Copaiba blog ISO 16128 SCI

 

 

 

 

La molécule de SODIUM COCOYL ISETHIONATE [SCI], dans son entièreté. La partie gauche, jusqu'au double oxygène représenté par la lettre O, provient de l'huile de coco, tandis que la partie droite est amenée par synthèse. La fraction de la molécule représentée en noir [222 parts en masse] est d'origine naturelle, tandis que la partie représentée en couleur [104 parts en masse] est d'origine synthétique.

Pour établir la naturalité d'un cosmétique, il suffit d'additionner le NOI de chaque ingrédient multiplié par son % dans la formule.

Un cosmétique 100% naturel devra donc impérativement être constitué de 100% d'ingrédients au NOI=1. Par contre, un cosmétique peut être constitué entièrement d'ingrédients naturels – autrement dit d'ingrédients naturels et naturels dérivés – sans pour autant atteindre ces 100%. Ainsi, un savon dur au SODIUM COCOYL ISETHIONATE ne pourra jamais être 100% naturel, puisque cet ingrédient ne présente pas un NOI de 1* mais pourra être, dans les mêmes conditions, revendiquer 100% d'ingrédients naturels – autrement dit, revendiquer 100% d'ingrédients au NOI supérieur à 50%.
* à titre d'exemple, si tous les autres ingrédients [huiles végétales, huiles essentielles, argiles, ...] sont naturels et que la formule contient 35% de SODIUM COCOYL ISETHIONATE, la naturalité sera de 70% x 1.00 + 35% x0.68 = 93.8%

À l'heure où nous écrivons ces lignes, l'ISO16128 ne constitue pas une norme harmonisée, autrement dit une norme qui est rendue obligatoire par un texte légal*. Mais elle constitue un repère solide pour apprécier ce qui est naturel ou non en cosmétique, et donc également apprécier si les allégations produites en matière de naturalité sont fantaisistes ou au contraire basées sur une approche prudente et correcte. Et la personne responsable du cosmétique étant garante des allégations qu'elle produit, nous ne pouvons que recommander de les aligner à tout le moins sur cet ISO16128. Copaïba restant bien entendu au service de ses clients Copaïba consultance & formulation™ pour déterminer comment communiquer au mieux, sans dépasser les prescrits légaux ni les légitimes attentes du consommateur, quant à la naturalité de leurs cosmétiques.
* L'ISO22716 [GMP] est elle une norme harmonisée, la 2011/C 123/04 du 21 avril 2011

 

[16 juin 2020] l'ISO 22716 et les pratiques de bonne fabrication

Si vous produisez vos propres cosmétiques, il vous est certainement revenu que vous deviez respecter les bonnes pratiques de fabrication. Et si vous êtes la personne responsable de vos cosmétiques – autrement dit celle dont le nom figure sur l'étiquette – vous devez même garantir que vos cosmétiques ont été fabriqués dans un cadre GMP. Tentons donc d'y voir clair avec cette notion de qualité ...

Les normes de qualité ne datent pas d'hier, puisque déjà sous Napoléon Bonaparte une normalisation des roues, des affuts de canons et autres chariots à munitions a vu le jour – dans le but évidemment de faciliter non seulement la production, mais surtout les réparations y compris sur le terrain d'opérations par simple prélèvement de pièces intactes sur un véhicule endommagé pour en réparer un autre.

Notre monde technique et scientifique a évidemment poursuivi cette quête de normalisation, afin de garantir la production de pièces répondant exactement à la demande ou de données techniques valides. C'est ainsi que chaque jour les roues des voitures tournent rond et que les pneus s'y ajustent, ou qu'une mesure scientifique produite à Hong-Kong peut être comprise et reproduite à Berlin.

En matière de cosmétiques, le règlement 1223/2009/CE précise explicitement en son article huitième que "la fabrication des produits cosmétiques [doit] respecte[r] les bonnes pratiques de fabrication [...]". Et actuellement, la norme ISO 22716 constitue le cadre de référence légalement adopté afin de garantir le respect de ces bonnes pratiques de fabrications.

Ce terme de "bonnes pratiques de fabrications" nous vient de l'anglais "good manufacturing practices" [GMP], qui fondamentalement signifie plus "pratiques de bonne fabrication". Et si cette expression est nettement moins employée, c'est bien de cela qu'il s'agit : des pratiques qui vont mener à une bonne fabrication. Plus qu'une norme de qualité donc, il s'agit de recommandations techniques à respecter afin de garantir la correcte mise en oeuvre d'une formule cosmétique.

Cette norme internationale ISO 22716 est donc la référence en termes de cosmétiques. Elle énonce, au travers de ses dix-sept chapitres répartis en vingt-trois pages, des recommandations concernant la production, le contrôle, le stockage et même l'expédition des produits cosmétiques – en vue de la bonne qualité de l'ensemble et du cosmétique en particulier. Il ressort clairement de ce texte que ces dispositions sont la fois l'aboutissement d'une orientation qualité [les normes internes à l'entreprise du fabricant existent parce que ce dernier imagine des processus qualité, puis les coule en normes] et le point de départ de réévaluations constantes visant à en améliorer l'exécution précise, efficace et sans faille.

Nous pourrions en résumer les aspects les plus importants ainsi :

1- les modes opératoires et les instructions doivent être écrits afin de fournir une production de qualité régulière, et sont scrupuleusement suivis pour prévenir toute erreur.
2- chaque travail est intégré dans un processus de traçabilité.
3- les bâtiments et équipements sont conçus dans l'optique de la qualité du produit; ils sont entretenus et/ou étalonnés de manière régulière et efficace.
4- les produits sont protégés contre toute contamination en adoptant des habitudes régulières et systématiques de propreté et d’hygiène.
5- les matières premières et les processus tels que la fabrication, l’emballage, l’étiquetage … sont dûments contrôlés.
6- les documentations telles que CoA, MSDS, PDS, … concernant les matières premières sont disponibles.
7- le personnel est formé et habilité aux postes de travail.

Ainsi, les formules [liste des ingrédients vs %] se doivent d'être écrites, avec le mode opératoire de production [point 1]. Bien sûr, derrière le nom de chaque ingrédient sur la formule, vous connaîtrez parfaitement son identité, sa composition, ses données techniques, et ce grâce aux documentations et bons échanges que vous entretenez avec le fournisseur [point 6]. Votre matériel, vos appareils de mesure comme les balances par exemple, sera bien entretenu et régulièrement étalonné, et vous travaillerez dans des locaux pensés pour être propres et pratiques [point 3] – ce qui permettra entre autres de garantir la qualité de vos ingrédients [point 4]. Vous connaîtrez parfaitement le monde de fonctionnement de votre lieu de fabrication et de son matériel [point 7]. Vous établirez des normes de qualité et mettrez en place les moyens de les contrôler [point 5]. Et enfin vous assurerez que chaque étape, que chaque ingrédient, que chaque mesure soit dûment répertoriée [point 2].

Cela peut paraître infiniment complexe, mais en pratique, cela permet non seulement d'assurer que la fabrication de votre cosmétique s'est déroulée dans de bonnes conditions – et respecte en ce sens les obligations légales – mais aussi de travailler bien plus sereinement. En effet, quoi de plus stressant qu'une fabrication à base d'une formule mal ficelée, avec des corrections dans les pesées qui doivent se faire au petit-bonheur-la-chance en cours de fabrication, pour un résultat toujours incertain [une fois l'émulsion prend, une autre fois pas]. Quoi de plus décourageant que de travailler avec un matériel qui fonctionne ou qui ne fonctionne pas [et dont les modes d'emploi sont passés aux oubliettes depuis longtemps], avec des ingrédients dont in fine vous ne savez pas grand-chose [et qui pourraient par exemple être instables dans votre cosmétique ou en délicatesse avec certaines normes légales ou toxicologiques], pour in fine étiqueter votre cosmétique à partir d'un fichier informatique dont vous ne savez plus quand ni comment vous l'avez créé et s'il est exact. Et qu'au bout du compte, il soit impossible de déterminer quelle formule est exactement entrée dans la composition de votre cosmétique, quand il a été fabriqué ou comment il a été jugé correct et donc digne de mise sur le marché. L'ensemble étant assorti d'un numéro de lot qui ne correspond à rien.

Et c'est bien pour éviter tout cela que le législateur a clairement exigé que les cosmétiques soient fabriqués dans de bonnes conditions, non seulement matérielles [locaux, matériel, instruments, ...] mais également et peut-être surtout qualitatives [précision des formules, informations quant aux ingrédients, processus bien définis, traçabilité établie]. Attester que vous respecter les GMP ISO 22716 revient donc à affirmer que vous travaillez dans ce cadre qualitatif. C'est une obligation légale, rappelons-le. Et elle commence par connaître ce texte de l'ISO 22716, à y réfléchir, et à travailler pour voir comment vous pourrez le mettre en oeuvre au sein de votre unité de fabrication, quelle que soit sa taille. Pour ensuite attester, dans le cadre d'un dossier cosmétique par exemple, que vous vous y conformez.

 

[22 mai 2020] la sécurité des huiles essentielles en cosmétique et quelques nouvelles de l'IFRA

En son règlement cosmétique 1223/2009/CE, le Parlement Européen et le Conseil de l'Union Européenne insistant sur la nécessité de normes harmonisées, claires et garantissant un niveau de protection élevé de la santé humaine. Et en matière de substances parfumantes, l'IFRA structure une quantité impressionnante de données scientifiques, afin de les couler en normes. Ces normes IFRA se voulant harmonisées, claires et garantes de la sécurité du consommateur.

1- l'IFRA [International Fragrance Association] au service de l'industrie des cosmétiques & parfums

L'IFRA [International Fragrance Association] est une association à portée mondiale ayant son siège social à Genève et son centre d'opération à Bruxelles. Fondée en 1973, elle est notamment active dans l'apport d'informations scientifiques à destination de l'industrie des parfums, et particulièrement dans l'édition de normes permettant l'utilisation des ingrédients parfumants en bonne sécurité.

Ses membres et supports financiers sont de nombreuses entreprises actives dans les parfums & cosmétiques, qui confient à l'IFRA le soin d'étudier la sécurité des fragrances. La connaissance scientifique est ainsi mutualisée [avec une réduction des coûts], optimalisée [la mise en commun des ressources permet des études plus approfondies] et harmonisée entre toutes les industries qui les suivent.

L'IFRA est depuis 2016 dirigée par Martina Bianchini, titulaire d'une licence en sciences de la terre de l'université de Trèves en Allemagne et d'une maîtrise en sciences de l'environnement et toxicologie de l'université de Louisiane aux États-Unis.

2- les connaissances scientifiques évoluent

Et le 10 janvier 2020, l'IFRA a publié le quarante-neuvième amendement à ses normes pour l'utilisation sûre des ingrédients de parfumerie.

Bien entendu, Copaïba travaille déjà largement avec les normes IFRA, entre autres sources scientifiques, dans l’évaluation de la sécurité de vos cosmétiques. Mais nous nous référerons désormais à ce quarante-neuvième amendement [49th amendment, comme l'écrit l'IFRA] en nos analyses. Et insisterons encore davantage sur le fait qu'une bonne évaluation de la sécurité d'un cosmétique ne peut se faire que via la bonne connaissance des ingrédients qu'il contient – dont les huiles essentielles par exemple.

Cette modification des normes précédentes apporte plus de précisions, basées sur des études plus techniques, quant à la sécurité des parfums. Et en particulier, de l'utilisation des huiles essentielles en cosmétique. On y retrouve notamment un double classement, approfondi, des catégories de cosmétiques [soins des cheveux, soins du visage, soins du corps, soins pour bébés, ...] et des ingrédients [ingrédients qui ne devraient pas se retrouver dans les cosmétiques, ingrédients qui peuvent s'y retrouver mais en quantités limitées, ingrédients dont la qualité est à surveiller, ...].

À titre d'exemple, ce quarante-neuvième amendement liste quelques huiles essentielles, certaines en recommandant de ne pas les incorporer en cosmétique [boldo, cade, ...], d'autres en signalant leur phototoxicité [angélique, cumin, bergamote, mélisse, ...], d'autres encore en mettant en évidence le risque d’allergie et/ou sensibilisation [verveine, ...]. Le tout au travers de fiches détaillées identifiant clairement l'huile essentielle concernée et les doses tolérables selon chaque catégorie de cosmétique [il en existe 22 selon l'IFRA 49th]. Mais reprend aussi des substances individuelles que l'on retrouve dans les huiles essentielles, comme les asarones de la verveine, le cédrène du vétiver ou de l'immortelle, l'alcool anisique de la vanille ou du cassis, l'estragole du fenouil ou de la myrte, ... . La liste est longue, et l'IFRA édite pour chacune de ces substances une fiche tout aussi détaillée reprenant l'identité de la substance, sa concentration dans les ingrédients naturels comme les huiles essentielles, les doses tolérables selon chaque catégorie de cosmétique ...

Bien sûr, ces normes IFRA se croisent avec d'autres. Par exemple, le methyleugenol [contenu dans les huiles essentielles de basilic, de rose, d'ylang, ...] est limité par l'IFRA à 0.00058% pour les cosmétiques de catégorie 5C [les cosmétiques pour les mains], alors que le législateur le limite à 0.00020% pour ce même type de cosmétiques [1223/2009/CE ann. III n°102]. L'IFRA éditant des recommandations et le législateur des obligations, c'est bien sûr ce dernier qu'il conviendra de suivre. À contrario, le législateur peut ne pas limiter une substance, mais l'IFRA en recommander des concentrations maximales : le farnésol – présent dans les huiles essentielles de néroli, d'ylang, de palmarosa, ... – est ainsi listé 1223/2009/CE ann. III n°82 mais juste pour exiger l'indication de sa présence dans la liste des ingrédients dès qu'il dépasse 0.001% dans un lait corps [cosmétique de catégorie 5A], alors que l'IFRA recommande de ne pas dépasser 0.29% pour ce type de cosmétique; et la sécurité du cosmétique exige donc que nous suivions ici l'IFRA plutôt que le législateur.

3- Copaïba, un spécialiste au service de vos cosmétiques

Copaïba reste un spécialiste des cosmétiques naturels, et des huiles essentielles en particulier, ce compris dans l'évaluation des limites permettant leur usage en toute sécurité : quantités et/ou concentrations tolérables, risques d'allergies et/ou de sensibilisation, risques d'irritation, photo-toxicité, utilisation chez la femme enceinte, ... tout cela est analysé en nos dossiers, mais aussi en nos formules lorsque nous construisons vos cosmétiques. Et chacun de ces points doit conclure à la parfaite sécurité du cosmétique avant sa mise sur le marché européen.

Enfin, nous l'avons écrit, l'IFRA vient d'éditer son quarante-neuvième amendement. Qui dont précise, complète, apporte un éclairage parfois nouveau sur la sécurité – notamment – des huiles essentielles en cosmétique. C'est peut-être l'occasion de se souvenir de ce que Copaïba écrivait en date du 11 juillet 2018 sur ce blog : un dossier cosmétique n'est pas éternellement figé. Nous y expliquions pourquoi un dossier doit régulièrement être réévalué, en vue de le compléter, de l'amender, et surtout de vérifier que le cosmétique répond toujours bien aux exigences du législateur et démontre son innocuité au regard des meilleures connaissances scientifiques raisonnablement disponibles. Si donc votre cosmétique contient des huiles essentielles ou des substances parfumantes, peut-être serait-il sage de le réouvrir sous les lumières de ce quarante-neuvième amendement IFRA.

 

[22 novembre 2019] caractéristiques physiques & chimiques du cosmétique et stabilité

Parmi les nombreux éléments exigés par le législateur européen pour la construction d'un dossier cosmétique – un dossier d'information sur le produit, selon les termes exacts du règlement 1223/2009/CE art. 11 – les spécifications physiques et chimiques du produit cosmétique posent souvent souci à nos clients. Nous allons donc tenter d'y voir un peu plus clair.

1- des caractéristiques utilisées en tant que critères d'acceptabilité

Ces spécifications ne sont jamais qu'un ensemble de données décrivant le cosmétique, et servant tout d'abord à donner des points de repère pour déterminer si le produit fabriqué et/ou conservé peut être considéré comme acceptable du point de vue de la qualité.

Nous n'agissons pas autrement lorsque nous cuisinons par exemple, même si nous le faisons d'instinct ... Un soupe aux tomates se doit d'être rouge-orangée, liquide mais suffisamment onctueuse, avec une odeur caractéristique ronde, fraîche, aromatique et un goût doux, légèrement salé, persistant sur la langue. Cela dans la marmite, mais également lorsqu'on la sort le surlendemain du réfrigérateur. Et nous savons également que l'apparition de notes rancies [comme les vieilles huiles végétales] ou protéiques [comme les chaussettes sales] et/ou de taches plus ou moins colorées en surface [colonisation par les micro-organismes] nous indiquent que le produit est devenu mauvais et inutilisable; et que par contre, l'affadissement du goût peut dans une certaine mesure être corrigé par l'adjonction d'épices.

Tout cela, nous le savons, et le cosmétologue n'agit pas autrement, si ce n'est qu'il tente de poser ces éléments par écrit. Ainsi, il va décrire son lait pour le corps comme blanc un rien cassé de vert [il peut également s'il possède un colorimètre, en donner la couleur exacte avec la référence de son appareil de mesure; ou se référer à un échantillon stable ou à une référence de type nuancier de peinture, et situer la couleur de son cosmétique par rappport à l'échantillon stable ou au nuancier], fluide [un rien plus précis serait de préciser cela, par exemple en écrivant "assez fluide pour couler à travers mon entonnoir en 30-34 secondes à 20°C – ou, évidemment, d'en préciser la courbe des viscosités mesurées par viscométrie], avec une odeur caractéristique de citron sur fond de romarin [le puriste décrira par exemple cette senteur comme hespéridée, fraîche, vive de citron avec des notes vertes, médicinales, camphrées de romarin], d'un pH situé entre 4.75 et 5.25 [la chose peut être très importante pour la stabilité de certains actifs ou l'efficacité de certains mélanges anti-microbiens], ...

Tout un ensemble de caractéristiques positives donc, qui permettent de voir si le cosmétique obtenu après fabrication et/ou après conservation est bien celui attendu. Mais il est également possible d'apporter des caractéristiques négatives, avec le cas échéant des mesures de remédiation. Il pourrait être écrit que la fragrance ne doit présenter aucune note acide et/ou rancie [indice de dégradation des huiles végétales], que le pH ne peut dépasser 5.25 mais peut être le cas échéant corrigé par l'ajout de telle substance, que l'examen du sérum fabriqué ne doit pas permettre d'y découvrir des particules non solubilisées, ...

D'une manière générale, ces spécifications seront indiquées sous forme de fourchettes : pH 4.75-5.25, couleur jaune anis entre Pantone 387C et 3945C, ... ou de critères suffisamment larges tels que fluide comme du lait de soja, présentant une senteur rosée avec un fond poivré léger, aucune particule non dispersée observable sous la loupe 12x dans 1cm³... pour permettre l'intégration des erreurs de mesures et/ou d'appréciation dans l'évaluation.

Un excellent moyen de parvenir à ainsi décrire un cosmétique est sans doute de se dire que ses caractéristiques physiques et chimiques doivent permettre de le reconnaître. Par exemple, vous allez décrire votre savon-brique afin qu'il ne soit pas confondable avec un autre ou une fabrication ratée, comme dur [la pression du doigt ne s'y marque pas, la pression de l'ongle peine à s'y marquer], vert [un vert entre le vert bouteille et le vert sapin], tacheté de minuscules points bruns [à raison de quelques 10 points par cm²], présentant une odeur intense de feuille de laurier [mais sans aucun fond acide et/ou ranci ni notes alcalines de soude], d'un pH apprécié par le contact d'un papier-pH humide à hauteur de pH9-pĤ10, produisant une mousse fine et blanche, ...

2- des caractéristiques utilisés comme outil de détermination de la date de durabilité minimale [DDM]

Ces caractéristiques permettront donc également d'en apprécier la durée avant péremption et/ou les conditions dans lesquelles il faut le conserver [par exemple à l'abri de l'humidité et sous une température de 40°C], puisque tant que ces caractéristiques seront conservées, votre savon restera utilisable.

Et il n'est donc pas étonnant que le législateur reprenne sous le même point [1223/2009/CE ann. IA.2] les "caractéristiques physiques et chimiques [...] du produit cosmétique" ainsi que sa "stabilité dans des conditions de stockage raisonnablement prévisibles" – puisque justement il faut en connaître ces caractéristiques pour pouvoir affirmer qu'elles restent inchangées [ou du moins restent dans les fourchettes d'acceptation]. Et tant qu'elles resteront inchangées, le cosmétique sera réputé stable.

3- des caractéristiques utilisés comme outil de détermination de la durée de conservation après ouverture [PAO]

Et si la détermination d'une période de stabilité est encore assez facile à entreprendre – si tant que l'on dispose d'assez de temps pour ce faire – l'évaluation de la période de stabilité après ouverture constitue apr contre un exercice horriblement compliqué, car dépendant de paramètres nettement moins maîtrisables. Après ouverture, deux choses vont principalement se poser : les cosmétique sera en contact avec l'air et l'humidité atmosphérique, et le cosmétique pourra être touché par le consommateur. Et nous voyons tout de suite que les chose seront très différentes selon que l'emballage est sous forme airless [très peu de contamination atmosphérique et très peu de contaminations par les doigts], flacon-pompe [peu de contamination atmosphérique et très peu de contaminations par les doigts], tube [peu de contamination atmosphérique et peu de contaminations par les doigts] ou pot [beaucoup de contamination atmosphérique et beaucoup de contaminations par les doigts] – et que les doigts du consommateurs seront propres, moins propres, ou tout simplement très sales.

Mais le principe général reste le même : tant que les caractéristiques physiques et chimiques du cosmétiques restent inchangées [ou dans les fourchettes d'acceptation], le cosmétique sera réputé stable – avec évidemment un oeil toujours sur sa propreté microbiologique, qui elle aussi doit rester dans les limites de l'acceptable [voir à ce sujet notre article du 21 février 2018, en bas de ce blog].

 

[26 août 2019] qu'importe le flacon ... rien n'est moins sûr

Imaginons un caviste - un vrai, celui qui conserve du vin en cave - à court de place pour stocker ses bouteilles. Il aurait bien de la place dans un entrepôt en surface, mais celui-ci est loin d'être à 12°C comme c'est le cas sous le sol, puisqu'il est plutôt à 21°C.

Notre caviste, pas sot, va imaginer l'expérience suivante : il va mettre quelques bouteilles à 12°C, quelques autres à 15°C, d'autres encore à 18°C et enfin terminer par un petit stock à 21°C. Et il va ouvrir ces bouteilles après une semaine, deux semaines, trois semaines, un mois, deux mois, quatre mois, un an, deux ans ... L'expérience dure ce qu'elle doit durer, mais notre caviste en tire les conclusions suivantes : à 12°C, le vin commence à gâter après 6 ans; à 15°C, il n'est plus vendable au bout de 2 ans; à 18°C les choses se dégradent puisque la conservation est limitée à 8 mois; et à 21°C, il faut absolument vendre le stock endéans les 12 semaines. Aussi, en remettant tout cela en semaines, il note : 12°C - 312 semaines; 15°C - 104 semaines; 18°C - 35 semaines; 21°C - 12 semaines. Ce qui lui permet de constater que chaque fois que la température augmente de 3°C, la durée de conservation est divisée par trois.

Parfait, se dit notre ami ... Je sais maintenant à quelle température et combien de temps je peux garder mon vin. Et que si mon entrepôt est à 24°C durant l'été au lieu des 21°C testés, le vin s'y conservera durant quatre semaines à peine. Ou qu'il est illusoire de vouloir conserver une bouteille plus d'une grosse semaine au plus fort de la canicule quand il fait 27°C.

Notre histoire - les cavistes et les amoureux du vin nous pardonnerons d'imaginer une chose aussi horrible que de soumettre du vin à de telles températures – illustre les grandes lignes qui sous-tendent les tests de stabilité accélérés d'un cosmétique. Car les formulateurs travaillent exactement de la même manière, sauf qu'ils commencent par les plus hautes températures [30°C, 40°C, 50°C, ...] pour tenter d'estimer la durée de vie du cosmétique à plus basse température [par exemple 20°C].

D'un façon très générale et très simplifiée et sujette à toutes les réserves qui soient sur un sujet aussi complexe, on estime que la durée de vie d'un cosmétique se réduit de moitié pour chaque augmentation de 10°C. La chose n'est pas folle, et est même issue des travaux du génial Svante August Arrhenius [1859-1927], terreur de tous les étudiants de matière scientifique en baccalauréat, accessoirement pionnier de l'étude de l'effet de l'augmentation du dioxyde de carbone dans l'atmosphère sur le climat [et par ailleurs aïeul de Greta Thunberg]. Mais elle est fort imprécise pour des structures aussi complexes et aussi différentes des solutions parfaites d'Arrhenius que les cosmétiques. Mais donc, si l'on considère cette loi comme peu ou prou exacte, un cosmétique stable douze semaines à 40°C peut être estimé stable 48 semaines - presque un an - à 20°C.

Nous perdons donc en précision [la loi est fort approximative quand appliquée aux cosmétiques], mais nous gagnons terriblement en temps [le cosmétique doit être suivi durant douze semaines au lieu d'un an].

Sauf qu'il ne faut pas pousser les choses à l'extrême, et se dire que tester le cosmétique à 100°C va permettre de travailler huit fois plus vite. Il est, pour chaque cosmétique, une température limite, où tout se dégrade, où l'eau s'évapore, où les huiles s'oxydent, où la viscosité s'effondre tellement que les particules d'un gommage sédimentent ... bref, où chauffer ne sert qu'à déterminer que tout est irréversiblement cassé. Et c'est justement là un autre travail du formulateur : partant de la température maximale à laquelle le cosmétique sera probablement soumis durant son existence [par exemple, se dire que, sous nos contrées, 35°C durant 3 jours et 30°C durant 10 jours sont des maxima raisonnables], il va s'efforcer de construire une formule qui tienne la route. à contrario, pour une crème pour les mains destinées aux mushers du grand nord [l'histoire est véridique, et est une création Copaïba 2001], il va vérifier que sa formule reste entière à -10°C ou -20°C.

Cette température maximale limite évidemment celle des tests accélérés, au grand dam du laboratoire qui voudrait commercialiser sa formule le plus vite possible. Fort heureusement, Copaïba consultance & formulation a plus d'une astuce pour concilier l'impossible ...

Mais revenons à notre caviste, parce que nous ne vous avons pas tout dit, pressés que nous étions de conter ses aventures ... Par exemple, il sait fort bien qu'un vin n'est pas l'autre, et que ses belles conclusions ne sont applicables qu'aux bouteilles étudiéees, et pas du tout [ou du moins pas a priori] applicables à d'autres vins. Il sait aussi que l'évaporation du vin au travers du bouchon est une des grandes causes de vieillissement, et que les tests avec des bouchons synthétiques [genre de ceux commercialisés par le leader mondial – et belge – Normacorc] donneront des résultats bien plus satisfaisants que ceux réalisés avec les traditionnels bouchons en liège. Et il sait que si son goût est très sûr, il est largement en dessous d'oenologues confirmés, qui risquent de déclasser le vin plus rapidement que lui; et que les critères de qualité menant au déclassement se doivent d'être différent pour un vin de prestige ou un gros rouge qui tache ...

Le cosmétologue sait tout cela lui aussi : un cosmétique n'est pas l'autre et malgré une solide expérience, les choses restent souvent imprévisibles; le contenant [pot, flacon, ...] du cosmétique revêt une grande importance, et sot est celui qui perd son temps à des tests réalisés dans des emballages différents; les critères d'acceptation ou de refus peuvent être plus ou moins stricts [on acceptera plus facilement un léger glissement de la fragrance d'un gel douche de grande surface que d'un parfum de prestige] ...

Réaliser un test de stabilité est donc d'abord quelque chose qui se conçoit en détails. Quelle réponse précise puis-je en attendre, quelles conditions de température puis-je me permettre, de combien de temps dispose-je avant que le laboratoire ne m'étrangle parce que les choses traînent, dispose-je vraiment des contenants définitifs et fermés comme ils le seront en productions réelles, quels sont les impératifs en termes de durée avant péremption mais aussi de températures raisonnablement prévisibles de stockage en magasin et chez la consommatrice, quels sont les paramètres réellement perceptibles par cette dernière, comment les mesurer, et où fixer la limite entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est plus, comment traiter d'une façon statistiquement opportune les résultats obtenus et choisir le nombre d'échantillons à tester ... sont chaucune des questions qui doivent trouver réponse avant d'entreprendre quoi que ce soit, au risque sinon de recueillir des résulats calamiteux parce que totalement inexploitables.

 

[08 juillet 2019] identité, analyse, sécurité

En vue de la confection des dossiers cosmétiques – nous en parlons beaucoup, car ils nous sont fort demandés, et constituent en quelque sorte le graal de l'accès à la commercialisation au sein de l'Espace Économique Européen* – le législateur exige une parfaite identification des ingrédients qui composent ces cosmétiques.
* soit Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, France, Finlande, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Tchéquie, Roumanie, Royaume-Uni [sauf situation post-brexit encore inconnue], Slovaquie, Slovénie, Suède, Islande, Liechtenstein et Norvège – ce compris îles, et autres territoires d'outre-mer 

Et justement, ce point pose souvent souci lorsque nous nous voyons confier une formule cosmétique en vue d'en construire le dossier.

1- l'identité
Sans entrer dans les détails* pour chaque ingrédient constitutif, le nom du fournisseur, le nom commercial, l'identité chimique, INCI, le degré de pureté, l'identification des principales impuretés, les critères et méthodes d’essai utilisés, le processus de fabrication et de purification, ... devra être connu. Ces renseignements sont souvent réunis par le fournisseur de l'ingrédient dans ce qu'il appelle PDS [Product Data Sheet – fiche de données sur le produit] ou fiche technique – même si actuellement, la tendance converge de plus en plus vers l'éditions de dossiers techniques complets, reprenant, à côté de ces données d'identité, des informations quant à la sécurité de l'ingrédient.
* la communication SCCS/1602/18 chapitre 3, et particulièrement 3.2 + 3.6 [https://ec.europa.eu/health/sites/health/files/scientific_committees/consumer_safety/docs/sccs_o_224.pdf] est fort précise à ce sujet

Lors de l'élaboration de la politique et des propositions relatives à la sécurité, à la santé et à l'environnement des consommateurs, la Commission Européenne compte sur des comités scientifiques indépendants pour lui fournir des avis scientifiques solides et attirer son attention sur les problèmes nouveaux et émergents. Et le SCCS [Scientific Committee on Consumer Safety – comité scientifique pour la sécurité des consommateurs] est un de ces comités scientifiques, dont le rôle est d'émettre des avis sur les risques pour la santé et la sécurité des produits de consommation non alimentaires [produits cosmétiques et leurs ingrédients, jouets, textiles, vêtements, produits de soins personnels et produits ménagers] et services apparentés [tatouage et bronzage artificiel].

Voilà pour l'identité de l'ingrédient. Nous devons donc savoir à quoi nous avons affaire, qui le produit [autrement dit qui en prend la responsabilité], et comment. Si ces informations manquent, il ne sera pas possible à Copaïba de conclure que votre cosmétique répond aux exigences du législateur – et donc d'approuver sa commercialisation au sein de l'Espace Économique Européen

2. l'analyse
Très souvent, le fournisseur de l'ingrédient cosmétique émet dans les documentations concernant l'identité de l'ingrédient, ce que l'on appelle des spécifications. Ce mot désignant une énumération des caractéristiques que doit présenter l'ingrédient en question. Il peut s'agir d'une fourchette de pH [par exemple 5.0-6.5], d'une teneur en une substance active [par exemple matière active 45-55%], d'une densité [par exemple 0.91-0.94], ... Ces spécifications concourrent toutes à l'identité de l'ingrédient.

Par la suite, à la production de chaque lot, le fournisseur analysera l'ingrédient, et en dressera la fiche d'analyse [ou le certificat d'analyse]. Ce document reprendra les spécifications, et communiquera en regard la valeur réelle constatée sur le lot [pH 5.3, matière active 49.7%, densité 0.925, ...] avec les méthodes de mesures [ou leur référence] employées. Si tant que les mesures issues des analyses sont dans les spécifications [ce qui est le cas dans nos trois exemples], le lot est acceptable – et sinon, il sera rejeté.

L'analyse fournit donc des données précieuses, surtout si les spécifications sont larges. En effet, les critères du fournisseur ne sont pas toujours ceux du fabricant de cosmétique, qui peut exiger des caractéristiques plus restreintes.

3. la fiche de sécurité
Aussi appelée MSDS [Material Safety Data Sheet], c'est un document qui énumère les renseignements relatifs à la santé et à la sécurité au travail [utilisation, dangers potentiels, procédures de manipulation, mesures à prendre en cas d'incendie, ...] de divers produits [produits chimiques et mélanges chimiques au sens large, ce compris la chimie d'origine naturelle comme les huiles essentielles par exemple]. Elle n'est pas principalement destinée à être utilisée par le consommateur en général, mais elle met donc plutôt l'accent sur les dangers liés à l'utilisation de la substance dans un contexte professionnel. En outre, elle reprend l'obligation d'étiqueter correctement les substances en fonction des risques physico-chimiques, sanitaires ou environnementaux. Le tout constituant une norme à l'échelle internationale et gérée par les Nations Unies.

La fiche de sécurité est donc un document appréciable car elle reprend notamment l'indentité de l'ingrédient [sections 1+3] et sa toxicologie [section 11]. Mais elle ne constitue en rien une information aussi précieuse que la fiche technique – si du moins celle-ci est bien construite.

 

Concrètement donc, en vue de la construction d'un dossier cosmétique, la fiche reprenant l'identité [et tous les détails que nous avons précisés supra] est indispensable. La fiche d'analyse du lot courant est appréciable. Et la fiche de sécurité utile.

 

[12 juin 2019] les huiles fragiles mènent aux cosmétiques fragiles

Bien des clients désireux de réaliser chez Copaïba des cosmétiques majestueux nous demandent d'y intégrer des huiles rares, précieuses, réputées ... et terriblement fragiles. Et, a priori, ce n'est point sot : ces huiles fragiles vont protéger les lipides de la peau de l'oxydation [on les dit anti-oxydantes] car justement, elles captent tout ce qui pourrait passer comme oxydants [les particules métalliques de la poussière, la lumière du soleil, ...] et forment ainsi un bouclier fort efficace. Sauf qu'elles surestiment leurs forces, et ne tiendront pas dans la durée, surtout en émulsions – dans les crèmes, dans les laits, ... donc.

Prenons donc le temps d'y voir plus clair ...

D'une manière générale, les huiles végétales sont largement constituées [et à de rares exceptions près] de triglycérides : trois molécules d'acides gras greffées [estérifiées dirait le chimiste avide de précision] sur les trois sites réactionnels de la glycérine.

Lipids - Definition and Examples

un triglycéride : en haut à gauche, la glycérine, avec ses trois atomes de carbone [en gris] entourés d'atomes d'oxygène [en rouge]; les trois groupes d'atomes d'oxygène mènent aux trois acides gras [LAGUNA DESIGN / Getty Images]

Et ces molécules d'acides gras peuvent être saturées [toutes les liaisons entre chacun de leurs atomes de carbone sont simples] ou insaturées [certaines liaisons entre leurs atomes de carbone sont doubles]. La chimie étant faite de curiosités, les liaisons doubles sont plus fragiles que les simples. Et, en exagérant un peu, ne demandent qu'à batifoler, pour se combiner avec l'oxygène notamment – en générant au passage des molécules que l'évolution nous a permis d'identifier comme du pas bon, grâce à leur odeur de rance.

19 Olive Oil Brands Certified for Purity and Quality

La molécule d'acide gras oléique, de formule chimique CH3(CH2)7CH=CH(CH2)7COOH, très abondant dans la nature, comme dans l'huile d'olive par exemple; en partant de la fonction acide [avec les oxygènes en rouge, en bas à droite], on remarque la double liaison entre le neuvième et le dixième carbone – la molécule est moins dense à cet endroit, ce qui entraîne une certaine fragilité; en comptant à partir de l'autre bout, appelé position ω [oméga], l'insaturation est en position 9 [au neuvième carbone] : l'acide oléique est dit ω-9. [www.ABOUTOLIVEOIL.org]

D'une façon générale toujours, si l'on part d'un acide gras saturé, le même acide gras mono-insaturé [une seule liaison entre deux atomes de carbone est double, toutes les autres sont simples] sera 100 fois plus fragile face à l'oxydation; et le même acide, mais doublement insaturé [deux liaisons entre deux atomes de carbone sont doubles, toutes les autres sont simples] sera 1000 fois plus fragile face à l'oxydation. Et la tenue d'une huile végétale face à l'oxydation est drastiquement dépendante de la présence de ces insaturations – ainsi, une huile composée d'une belle proportion d'acides saturés [comme le coco, avec à peine quelques % d'acides insaturés] est très stable; mais une huile renfermant beaucoup d'acides insaturés [comme l'onagre, qui ne renferme quasi que des acides insaturés] est horriblement fragile.

En résumé donc : les huiles végétales sont constituées d'acides gras greffés sur une molécule de glycérine; et plus ces acides gras sont insaturés [plus ils contiennent de doubles liaisons entre leurs atomes de carbone], plus ils sont fragiles, oxydables, rancissables.

Pas de souci, me diriez-vous, il y a les anti-oxydants ... Eh bien non, hélas.

Car il faut tout d'abord savoir que l'oxydation d'huile végétale est un phénomène retors, qui se déroule en trois étapes majeures : tout d'abord, l'huile doit être malmenée [les métaux même en traces infimes, l'exposition à la chaleur ou à la lumière sont très efficaces en ces sens] et se voit apparaître un site réactionnel, extrêmement réactionnel; ensuite, ce site réactionnel se combine à l'eau ou à d'autres molécules d'huiles oxydées; et ensuite, le tout tente de se restabiliser en éjectant ce site réactionnel ... qui n'a alors plus qu'à bondir sur une autre molécule pour recommencer la sarabande. La première étape est habituellement lente, et peut plus ou moins être contrôlée; vouloir maîtriser les suivantes est totalement vain.

Les anti-oxydants peuvent peu ou prou contenir les mécanismes de la première étape, mais seront complètement dépassés lorsque la réaction se sera emballée. Aussi, ils doivent impérativement être inclus dans l'huile avant l'oxydation [pour prévenir les dommages], pas après [pour tenter de réparer les choses]. Et ensuite, ils ne font que ralentir les choses- certes de façon assez efficace, puisqu'une huile protégée peut rancir 100 fois moins vite qu'une sans protection; mais que sont 100 fois quand une huile poly-insaturée rancit 1000 fois plus vite ...

Globalement, on peut agir à deux niveaux avec les antioxydants : piéger ces sites réactionnels qui sautent de molécule en molécule [avec les polyphenols du romarin ou de la sauge, ou les vitamines C&E par exemple], ou enrober les traces métalliques [avec des substances comme la lécithine ou l'acide phytique]. C'est beaucoup, et c'est bien peu ... Car d'expérience, la stabilité raisonnable [entendez le temps durant lequel le cosmétique reste acceptable par le consommateur] est limitée [par l'odeur, qui laisse alors apparaître des notes rances] dans le cas de cosmétiques contenant des huiles végétales fragiles [en concentration totale dépassant 1% très approximativement], à 1 an [période entre la fabrication et le moment où elle va commencer à sentir ces notes acides typiques des huiles oxydées].

Et vous le lisez bien : "en concentration totale dépassant 1% très approximativement". La concentration en huiles fragiles n'est en effet pas un facteur déterminant : elles sont fragiles, produisent des sites réactionnels, et tout s'emballe – comme une seule pomme pourrie suffit à contaminer toute la caisse, et n'est pas vraiment moins néfaste que deux ou dix pommes pourries.

Aussi, en pratique, même si elles sont merveilleuses pour la peau [mais irritantes quand oxydées] :

1- on évite les huiles fragiles dans les émulsions [par contre, dans les sérums huileux, la stabilité est nettement meilleure]
2- on utilise des mélanges anti-oxydants performants [et il n'est pas facile de déterminer lequel est le plus approprié]
3- on travaille en milieu le plus fermé et le moins contaminable possible [l'airless est mieux que le flacon-pompe, lequel est mieux que le pot]
4- on utilise des huiles irréprochables, sans aucune trace d'oxydation [pour une fois, la chose est facile : les huiles oxydées sentent tout de suite le rance], impeccablement conservées [sous couverture d'azote idéalement]
5- on formule intelligemment, avec l'introduction des anti-oxydants au bon moment, et des huiles aux bonnes températures
6- on reste modeste, et on n'imagine pas proposer des dates de péremption irraisonnables

 

[25 janvier 2019] séduire sans tromper : les allégations cosmétiques

En son réglement 1223/2009/CE, le législateur s'est montré très soucieux de la protection du consommateur. Non seulement plusieurs articles y sont très explicites quant à la sécurité des cosmétiques, mais de plus des garanties très nettes sont exprimées pour éviter la présentation de vertus exagérées sur les emballages ou les notices des cosmétiques.

Clairement, le législateur écrit, en ce règlement 1223/2009/CE article 20, que "pour l'étiquetage [...] et la publicité des produits cosmétiques, [rien] ne peu[...]t être utilisé[...] pour attribuer à ces produits des caractéristiques ou des fonctions qu'ils ne possèdent pas." Autrement dit, les images truquées du genre avant-après, c'est définitivement non.

Gaston avant apres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gaston Lagaffe, éd. Dupuis, Franquin & Jidehem

Mais le législateur ne s'est pas contenté de ce simple et court article vingtième, puisqu'il a également publié le règlement 655/2013/CE, bien plus disert sur ce sujet des allégations cosmétiques. Il y notamment dit que : "les utilisateurs [de cosmétiques] sont confrontés à de multiples allégations portant sur la fonction, le contenu et les effets des produits cosmétiques, [et] il importe de faire en sorte que les informations qui leur sont transmises par ces allégations soient utiles, compréhensibles et dignes de foi et qu’elles leur permettent de décider en connaissance de cause et de choisir les produits qui correspondent le mieux à leurs besoins et attentes." et que "[...] l'allégation doit être fondée sur l’image qu’elle donne du produit cosmétique à l’utilisateur final moyen, qui est normalement informé et raisonnablement attentif et avisé, compte tenu des facteurs sociaux, culturels et linguistiques propres au marché concerné."

Donc, non seulement il est interdit d'utiliser des allégations trompeuses, mais plus encore il est interdit d'en utiliser qui soient si alambiquées que le consommateur moyen pourrait y comprendre autre chose que réellement dit.

Et le législateur est très précis, puisqu'il dit que : "les allégations faisant référence aux propriétés d’un ingrédient donné ne peuvent laisser entendre que le produit fini possède les mêmes propriétés lorsque ce n’est pas le cas". Autrement dit, il est hors de question que laisser entendre qu'un cosmétique contenant 0.1% d'un ingrédient possède les propriétés attribuées à cet ingrédient quand on l'incorpore à 10% dans le cosmétique.

Et justement, le législateur dit, à propos de ces propriétés, que : "les communications à caractère commercial ne peuvent laisser entendre que les opinions exprimées sont des allégations vérifiées à moins que ces opinions rendent compte de faits vérifiables". Hors de question donc de baser sa communication cosmétique sur des éléments relevant des potins du net, puisque "les allégations relatives aux produits cosmétiques, qu’elles soient explicites ou implicites, doivent être fondées sur des éléments probants adéquats et vérifiables, quel que soit leur type". Probants - donc qui peuvent être prouvés, démontrés, scientifiquement; et vérifiables - dont on peut s'assurer de la source.

Et le législateur d'en conclure : "une allégation attribuant explicitement ou implicitement au produit fini les propriétés d’un de ses ingrédients doit être étayée par des éléments probants adéquats et vérifiables, tels que des données attestant une concentration efficace de l’ingrédient dans le produit." Nous voilà prévenus ...

Et enfin, comme "les allégations font partie intégrante des produits et doivent contenir des informations qui permettent à l’utilisateur final moyen de choisir en connaissance de cause", un cosmétique nanti d'allégations fantaisistes ne pourra être mis sur le marché au sein de l'Espace Économique Européen.

Copaïba consultance & formulation™ attache une grande importance au respect de ces injonctions légales, et veille à ce que les étiquetages et communications autour des cosmétiques qui nous sont confiés en vue de la construction de leurs dossiers d'information respectent ces prescrits. C'est un point important dans l'évaluation du cosmétique, même si parfois pas assez considéré comme tel. Ce qui explique peut-être la volonté actuellement affichée par les ministères de la santé de plusieurs pays membres de contrôler plus précisément ces allégations ...

 

[24 septembre 2018] professionnelles, cessez de touiller clandestinement !

Le 25 mai 2018, sous le titre "exigez une attestation !" nous attirions l'attention des esthéticiennes et autres responsables de centres de soins ou d'espace wellness, sur l'importance qu'il y a à utiliser des cosmétiques nantis d'un dossier d'information sur le produit.

Car ce terme "dossier d'information sur le produit" renvoie à une exigence légale [règlement européen 1223/2009/CE art. 11] et y contrevenir fait grandement courir le risque de subir les foudres du législateur et tous les ennuis correspondants. Et donc nous suggérions à ces professionnelles de la beauté d'exiger de leur fournisseur de cosmétiques une attestation quant au fait qu'ils soient nantis d'un dossier d'information en bonne et due forme, rédigé par une personne habilitée, et concluant notamment à la sécurité du cosmétique.

Mais une autre remarque nous semble pertinente ... En effet, bon nombre de spas, de centres de bien-être, d'esthéticiennes préparent leurs propres cosmétiques, ne serait-ce qu'en mélangeant des huiles essentielles et des huiles végétales pour en faire des produits de soin ou de massage.

Et suivons donc la logique de ce fameux règlement européen 1223/2009/CE :

Par produit cosmétique, on entend "toute substance ou tout mélange des­tiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain [épiderme, systèmes pileux et capillaire, ongles, lèvres et organes génitaux externes] ou avec les dents et les muqueuses buccales en vue, exclusivement ou principale­ment, de les nettoyer, de les parfumer, d’en modifier l’aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles" [1223/2009/CE art. 2]. Autrement dit, une huile de massage, qui est bien "une substance ou un mélange des­tiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain" "en vue de le parfumer, d'en modifier l'aspect, de le protéger, de le maintenir en bon état" est, selon les termes de la loi, un cosmétique [sauf si votre huile de massage ne parfume pas, ne protège pas, ne protège pas, ne maintien pas la peau en bon état – mais dans ce cas, vous risquez de ne pas garder vos clientes longtemps !].

Vous distribuez, consommez, utilisez cette huile de massage [qui est donc un cosmétique, comme nous venons de le démontrer] dans le cadre d'une activité commerciale [votre spa, votre institut de beauté, ...] , et donc elle doit être conforme à toutes une série de prescrits visant à en garantir la sécurité. Cette conformité étant entre autre garantie par la rédaction du dossier d'information sur le produit [1223/2009/CE art. 11]. La personne en charge du dossier – rappelons qu'elle doit être nantie d'un diplôme universitaire en pharmacie, toxicologie ou médecine [1223/2009/CE art .10 point 2] – allant vérifier, point par point, que le cosmétique utilisé [vos soins de beauté, vos maquillages, vos huiles de massage, vos enveloppements, vos vernis à ongles, ...] répond aux exigences du législateur, garantit la sécurité du consommateur et même ne le trompe pas par des allégations fantaisistes. Nous ne faisons que répéter ce que nous écrivions le 25 mai 2018 : les produits cosmétiques que vous utilisez dans votre institut de beauté doivent être conformes à la loi, et en particulier être nantis d'un dossier d'information sur le produit.

Donc, votre cosmétique, votre huile de massage "maison" – d'une grande qualité, nous n'en doutons pas et là n'est absolument pas la question – doit notamment avoir fait l'objet d'un dossier d'information 1223/2009/CE art. 11, ce dossier doit être régulièrement réactualisé en fonction des avancées scientifiques et/ou des évolutions législatives, il doit avoir été dressé par une personne titulaire d'un diplôme universitaire en pharmacie, toxicologie ou médecine, et ce dossier doit avoir conclu à la pleine conformité du cosmétique avec les lois et règlements en vigueur.

Sinon, les choses sont claires : vous agissez en dehors de la loi. Chose que nous ne pourrions vous conseiller, ne serait-ce que pour ne pas continuer d'exercer votre activité dans la hantise d'une visite du fonctionnaire mandé par le SPF santé Publique pour un quelconque contrôle.

 

[11 juillet 2018] un dossier cosmétique n'est pas éternellement figé

Vous avez, en tant que personne responsable [rappelons que, selon les termes du législateur, la personne responsable est celle qui "met un produit cosmétique sur le marché sous son nom ou sa marque"] sollicité l'aide de Copaïba consultance & formulation™ pour construire votre dossier cosmétique. C'est là une sage décision, et nous sommes persuadés que vous êtes pleinement satisfaits de notre travail.

Cependant, il vous faut garder à l'esprit que rien n'est définitivement acquis. Ce dossier n'est pas éternel. Car d'une part vous allez peut-être modifier votre cosmétique [son étiquetage, sa formule, son mode de production, son contenant, ses ingrédients ou les fournisseurs de ces derniers ...] et d'autre part, les connaissances scientifiques et les exigences législatives évoluent.

Depuis l'entrée en vigueur du règlement 1223/2009/CE, en juillet 2013, nous comptons une trentaine de nouveaux textes l'amendant ou le complétant, et ce sans compter les lignes directrices et autres publications. Autrement dit, tous les deux mois en moyenne, le législateur complète et/ou amende le règlement 1223/2009/CE de référence. Et, comme votre dossier doit, selon les termes même du législateur, être "actualisé eu égard aux informations pertinentes complémentaires apparues après la mise sur le marché du produit", il convient de suivre les choses de près – les évolutions législatives bien évidemment, mais également scientifiques.

Concrètement donc, votre dossier doit régulièrement être réévalué, en vue de le compléter, de l'amender, et surtout de vérifier que votre cosmétique répond toujours bien aux exigences du législateur et démontre son innocuité au regard des meilleures connaissances scientifiques raisonnablement disponibles. Et en pratique, une réouverture annuelle nous parait une sage routine. Reprenez donc contact avec Copaïba consultance & formulation™ sur base de cette fréquence annuelle : votre dossier sera relu, amendé si nécessaire, et vous aurez la garantie de son actualisation législative et scientifique. Non seulement c'est une obligation légale, mais c'est nettement moins chronophage, mois cher et moins stressant que de se trouver dans la tourmente lors d'un contrôle par les autorités de la santé de votre pays.

 

[25 mai 2018] exigez une attestation !

Sous la marque Copaïba instituts™ sont commercialisés un large éventail de soins destinés aux esthéticiennes, masseuses et autres actrices* de la beauté et du bien-être.
* rendons à Isabelle Alonso, Roman à l'eau de bleu ce qui est à Isabelle Alonso, et à Maurice Druon ce qui lui appartient - ces métiers étant essentiellement le fait de femmes, nous emploierons le féminin.

Ce qui évidemment nous amène à rencontrer beaucoup de ces personnes, et à discuter ensemble de leur noble travail quotidien.

Et souvent nous sommes surpris, atterés même parfois en tant que spécialistes des cosmétiques, des techniques qui sous-tendent leur fabrication et leur évaluation de sécurité. Car appelons-le une fois de plus : tous les cosmétiques destinés à être distribués, consommés ou utilisés au sein du marché européen doivent avoir fait l'objet d'une évaluation de sécurité; et cette évalutation de sécurité doit avoir été produite par une personne titulaire d'un diplôme universitaire en pharmacie, toxicologie ou médecine. Et nous découvrons, au sein des instituts de beauté, des spas, ou des centres de bien-être, des produits qui visiblement n'ont jamais fait l'objet d'une évaluation de sécurité, ou contiennent des substances qui interdisent tout simplement cette évaluation, ou émanent de processus de fabrication qui ne répondent en rien aux prescrits légaux ...

Bref, il nous est difficile de cacher notre émotion à notre interlocutrice devant de tels manquements – et de songer au risque qu'elle prend en cas de contrôle ou pire, de plainte d'une de ses clientes !

Car, soyons bien clairs, Copaïba n'est pas la police de l'Europe, et Copaïba n'agit en rien comme un inspecteur d'une quelconque administration sanitaire. Et comme la santé du consommateur n'est raisonnablement pas en danger, nous nous taisons. Mais nous savons, en tant que professionnels et spécialistes, que l'esthéticienne, la masseuse, qui stocke et utilise ces produits se met en porte-à-faux avec la loi. De bonne foi, certainement, car il est peu probable que son fournisseur lui ait dit : "vous savez, je bidouille ça au fond de mon garage, avec des ingrédients pas toujours très nets, et évidemment je n'ai aucun dossier, aucune notification européenne – d'ailleurs j'ignore même ce que c'est – mais le principal est que vous en soyez contente, hein ...".

Et le propos de ces quelques lignes est peut-être de vous avertir, esthéticiennes, masseuses, actrices de la beauté.

Vous distribuez, consommez, utilisez des cosmétiques dans le cadre d'une activité commerciale [ce sont les termes exacts du 1223/2009/CE art. 2 point 1g], et donc ils doivent être conformes à toutes une série de prescrits visant à en garantir la sécurité. Cette conformité étant entre autre garantie par la rédaction du dossier d'information sur le produit [1223/2009/CE art. 11]. La personne en charge du dossier – rappelons qu'elle doit être nantie d'un diplôme universitaire en pharmacie, toxicologie ou médecine [1223/2009/CE art .10 point 2] – allant vérifier, point par point, que le cosmétique utilisé [vos soins de beauté, vos maquillages, vos huiles de massage, vos enveloppements, vos vernis à ongles, ...] répond aux exigences du législateur, garantit la sécurité du consommateur et même ne le trompe pas par des allégations fantaisistes. Une fameuse garantie de qualité toute de même, que nous devons à la vigilence du législateur européen depuis mi-2013 déjà.

Alors, avant d'opter pour un produit cosmétique – autrement dit, pour "toute substance ou tout mélange des­tiné à être mis en contact avec les parties superficielles du
corps humain [épiderme, systèmes pileux et capillaire, ongles, lèvres et organes génitaux externes] ou avec les dents et les muqueuses buccales en vue, exclusivement ou principale­ment, de les nettoyer, de les parfumer, d’en modifier l’aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles" [1223/2009/CE art. 2] – pensez à demander au fournisseur s'il respecte les prescrits légaux, s'il a fait l'objet d'un dossier d'information 1223/2009/CE art. 11, que ce dossier est régulièrement réactualisé en fonction des avancées scientifiques et/ou des évolutions législatives, qu'il a bien été dressé par une personne titulaire d'un diplôme universitaire en pharmacie, toxicologie ou médecine, et que ce dossier a conclu à la pleine conformité du cosmétique avec les lois et règlements en vigueur. Et pourquoi pas, demandez-lui une attestation écrite en ce sens. Si par impossible votre cosmétique attirait l'oeil soupçonneux du fonctionnaire mandé pour un quelconque contrôle, mieux vaudra pouvoir se montrer victime d'une fraude que coupable de complicité.

Soyons cependant clairs, la majorité des acteurs cosmétiques agissent professionnellement, mettent un point d'honneur à tenir leurs dossiers d'information à jour, et vous ne rencontrerez aucun souci si d'aventure un contrôleur passait votre porte. Mais ne prenez pas ce risque, exigez une attestation écrite.

Et à ce propos, les cosmétiques Copaïba instituts™ ont bien fait l'objet d'évalutations de sécurité, dûment signés par Gaëtan Milis, titulaire d'un diplôme de pharmacie [1993, Université de Liège] et même co-signés par Delphine Roberti, titulaire d'un diplôme de chimiste [1994, Universités de Namur et de Louvain-la-Neuve]. Nous vous fournirons une attestation avec plaisir !

 

[26 avril 2018] où il est question de contrôle technique automobile et de dossiers cosmétiques

Copaïba consultance & formulation™ se voit confier un nombre croissant de dossiers cosmétiques [les fameux dossiers d'information sur le produit, règlement 1223/200/CE art. 11], et nous nous plaisons à imaginer que c'est parce que nous nous efforçons d'apporter en les rédigeant une réelle plus-value au cosmétique. Car pour Copaïba consultance & formulation™, un dossier est bien plus qu'une obligation légale : c'est le moment de visiter le cosmétique – sa formule, son mode de fabrication, ses ingrédients, ses caractéristiques physico-chimiques, sa stabilité, ses qualités microbiologiques, sa sécurité, le pot ou le flacon dans lequel il est conditionné, ses étiquetages – en détails afin de voir si rien n'a été laissé au hasard, si tout est maîtrisé au mieux. Et de permettre ainsi à nos clients de le commercialiser sereinement, tout en étant capable de répondre aux questions de leur clientèle : puis-je l'utiliser au soleil, en étant enceinte, sur ma petite fille de trois ans …

Le dossier cosmétique se doit donc d'être une excellente synthèse de l'ensemble de ce qui touche au cosmétique étudié, et c'est pourquoi nous nous efforçons, au sein de Copaïba consultance & formulation™, de le rédiger de manière didactique. En effet, nous reprenons une à une les exigences du règlement 1223/2009/CE et amendements actuels, et vérifions si le cosmétique y répond.

Pour prendre un exemple fort clair, le règlement 1223/2009/CE art. 19 précise les mentions qui doivent être présentes sur les étiquetages : nom de la personne responsable, contenu, date limite d'utilisation, précautions d'emploi, numéro de lot, fonction du cosmétique, liste des ingrédients. Si nous constatons qu'une de ces mentions manque [par exemple il est impossible d'identifier la personne responsable à la lecture de l'étiquette] ou n'est pas rédigée selon les exigences du législateur [par exemple la liste des ingrédients n'est pas conforme à ce qu'exigé dans le règlement 1223/2009/CE art. 19 point 1g ou n'est pas rédigée avec les termes prévus dans le règlement 1223/2009/CE art. 19 point 6], nous le signalons clairement.

Et, en conclusion du dossier, nous indiquons clairement si le cosmétique répond, ou hélas ne répond pas, aux exigences du 1223/2009/CE.


À notre grand étonnement cependant, il nous est revenu que certaines personnes comprenaient les exigences du législateur comme "il faut un dossier cosmétique", alors qu'il nous semble clair que c'est plutôt "il faut un dossier cosmétique qui établisse que le cosmétique est conforme à la loi". La nuance est de taille, puisque nous avons déjà eu vent de cosmétiques commercialisés alors que leur dossier d'information pointait leur non-conformité avec le règlement 1223/2009/CE – et parfois, ces commercialisations se faisaient de toute bonne foi, ces personnes se sentant rassurées par le fait d'avoir un dossier cosmétique en leur possession.

Il faut pensons-nous comparer le dossier cosmétique au contrôle technique d'une automobile. Si le document reçu à la fin du contrôle stipule "le véhicule ne satisfait pas au règlement technique", vous ne pouvez pas partir l'esprit tranquille, simplement parce que vous avez présenté votre véhicule au contrôle. Non ! Il vous faut corriger les défauts de conformité [les phares mal réglés, les pneus lisses, les freins défectueux, …] mis en évidence lors du contrôle.

Et c'est exactement la même chose pour votre cosmétique : si Copaïba consultance & formulation™ conclut en fin de votre dossier que "le cosmétique ne répond pas aux exigences du règlement 1223/2009/CE", il vous faut corriger les points de non-conformité [les étiquetages auxquels il manque des mentions, un ingrédient dont la teneur dépasse les limites autorisées, …]. Et comme au contrôle technique automobile, représenter votre dossier afin de voir si les corrections permettent d'atteindre la conformité avec les règlements : "le véhicule satisfait au règlement technique" ou plutôt, "le cosmétique répond aux exigences du règlement 1223/2009/CE".

Copaïba consultance & formulation™ a l'expérience des dossiers cosmétiques, et sait qu'il manque souvent ça ou là un détail, un document, une précision … Et c'est pourquoi nous prévoyons une révision de ces dossiers, après notre premier examen – et c'est même gratuit.


Mais vraiment, nous demandent encore certains, on ne peut pas commercialiser un cosmétique qui ne répond pas au exigences du règlement 1223/2009/CE, même s'il s'agit d'une toute petite exigence ... Commençons par préciser que le législateur n'ayant pas hiérarchisé ses exigences, il n'en est pas de petites ou de grandes, et toutes doivent être remplies – même si bien sûr il est des infractions plus graves [comme mettre la santé des consommateurs en danger par des ingrédients toxiques] que d'autres [comme écrire GLYCÉRINE dans la liste des ingrédient alors que l’appellation légale est GLYCERIN].

Et donc, même si nous ne trouvons pas textuellement la phrase "il est interdit de commercialiser un cosmétique qui ne répond pas aux exigences du présent règlement" dans le 1223/2009/CE, tout concourt à le comprendre ainsi, et il serait illusoire de prétendre sérieusement argumenter le contraire.

Par contre, nous pouvons textuellement y lire que "la personne responsable" – la personne responsable est la personne qui fabrique ou fait concevoir ou fabriquer un produit cosmétique, et commercialise ce produit sous son nom ou sa marque – "garantit la conformité aux obligations du présent règlement", "garantit la conformité", "prend immédiatement les mesures correctives nécessaires", "s'assure que la sécurité du cosmétique soit évaluée", "conserve le dossier cosmétique", "notifie le cosmétique aux autorités", … et s'expose "aux sanctions applicables aux violations des dispositions du présent règlement". Aussi, s'il fallait insister sur ce point, le législateur est très clair : la personne responsable, celle dont le nom figure sur l'étiquette, est garante de la conformité du cosmétique – et risque de gros ennuis si d'aventure il lui prenait l'envie d'agir autrement.


Copaïba consultance & formulation™ met en œuvre énormément de savoir-faire et d'expérience dans la rédaction de vos dossiers cosmétiques. Nos analyses se veulent fouillées, précises, et pragmatiques : à la lecture de vos dossiers, vous saurez si votre produit [sa formule, ses ingrédients, son mode de fabrication, ses emballages, ses étiquetages, …] est en phase avec les exigences du législateur, ou si au contraire vous devez y apporter des corrections. Nous nous voulons clairs, et le résultat de nos analyses le sont autant que possible vu la complexité de certain cosmétiques – mais nous restons toujours à votre disposition pour des explications complémentaires.

Alors, simplement, quand vous confiez vos dossiers d'information à Copaïba consultance & formulation™, lisez-les … Et si des non-conformités sont mises en évidences, corrigez-les. Avant commercialisation.

 

[13 avril 2018] pas d'huiles essentielles pour moi !

 Combien de fois Copaïba consultance & formulation™ ne reçoit-il pas des demandes de créations de cosmétiques avec un point très précis dans le cahier des charges : "pas d'huiles essentielles". Et quand nous nous enquérons des motivations qui sous-tendent cette exigence, nous recevons quasi invariablement comme réponses "parce qu'elles sont allergisantes", "parce qu'elles sont toxiques pour la femme enceinte", "parce qu'elles sont instables". Et nos clients de demander de les remplacer par des hydrolats ou des extraits par CO2 supercritiques par exemple ...

Évidemment, s'il peut y avoir un fond de vrai dans ces craintes, il y a surtout beaucoup d'exagérations ou plutôt de généralisations malheureuses. Car les huiles essentielles, c'est un peu comme les champignons en cuisine : certains sont délicieux, d'autres franchement sans intérêt, et une bonne partie franchement toxiques. Quand on ne connaît pas les champignons, on s'abstient – mais on n'affirme pas que tous posent problème.

Essayons donc d'y voir clair ... Les huiles essentielles sont des substances d'origine végétale, généralement odorantes, obtenues par entraînement à la vapeur d'eau [la vapeur d'eau passant au travers du matériau végétal en extrait ces composés volatils que sont les huiles essentielles]. Elles sont donc contenues au sein du végétal - et qu'on les extraie par l'ancestrale méthode de la distillation, ou par des techniques plus récentes comme l'extraction ou CO2 hypercritique, elles seront toujours les mêmes. Une huile essentielle de menthe poivrée est largement constituée de menthol, et c'est exactement le même menthol qui se retrouvera dans l'extrait de menthe poivrée par CO2 hypercritique. S'il y a lieu de soupçonner un souci avec le menthol présent dans l'huile essentielle, opter pour l'extrait par CO2 hypercritique ne va rien arranger du tout. Il en est de même pour les hydrolats, qui ne sont que l'eau condensée après la distillation, dans laquelle un peu d'huile essentielle se retrouve solubilisée - et ici encore, l'hydrolat de menthe poivrée contient le même menthol que l'huile essentielle.

Donc bannir les huiles essentielles en espérant trouver la sécurité dans les hydrolats ou les extraits par CO2 supercritiques est un contresens.

Reste maintenant le principal problème qui leur est reproché : les allergies. Déjà le règlement européen 2003/15/CE, datant comme sa référence l'indique d'il y a une quinzaine d'années, listait vingt-six molécules particulièrement préoccupantes en raison des allergies qu'elles sont susceptibles de provoquer – il en est bien d'autres, mais disons que les vingt-six citées étaient assez répandues pour que l'on s'en préoccupe. Et parmi ces vingt-six susbstances listées, vingt-quatre se retrouvent très couramment dans les huiles essentielles – en fait, quasi toutes les huiles essentielles plusieurs d'entre elles.

Mais ce que disaient aussi les comités scientifiques qui ont présidé à l'élaboration de ce règlement, c'est que la survenue d'allergies est grandement liées aux doses d'huiles essentielles reçues. Et plus précisément, que la conjonction de larges doses sur des périodes étendues constitue un important facteur de risque, en termes d'allergies. La première partie de ce principe a fort mal été interpretée, et à donné lieu à des recommandations du genre "jamais pures, jamais non diluées". Mais ce n'est pas en combinant deux huiles essentielles potentiellement allergisantes ensemble [jamais pures] ou en les diluant au petit bonheur la chance [jamais non diluées] qu'on va résoudre le problème. Et c'est certainement pourquoi autant de pratriciens du massage aux huiles essentielles, confrontés quasi quotidiennement à des doses trop hautes, deviennent intolérants aux huiles essentielles.

Dans le cadre d'un cosmétique, la période d'utilisation est assez incontournable : si une crème de jour est mise sur le marché, c'est bien dans l'espoir qu'elle soit utilisée quotidiennement. Mais nous pouvons par contre nous intéresser aux doses. Et là, comme pour les champignons, il n'y a guère de choix : il faut connaître, et être certain de ce l'on fait.
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Car il ne suffit pas de se cantonner à des règles du genre de celles qui consistent à limiter les huiles essentielles à 0.50% dans un cosmétique par exemple. Chaque huile essentielle, chaque origine d'une huile essentielle même, est différente. Et les doses tolérables en seront bien entendu différentes, certaines étant connues pour poser des soucis dès 0.01% [voire virtuellement 0.00%] et d'autres pouvant être utilisées à 10% [quand pas 100%].

Ensuite, l'allergie – ou la sensibilisation d'une manière générale - n'est pas le seul souci qui puisse se poser. Une analyse sérieuse de la toxicité s'intéressera bien sûr à ce qui se passe sur la peau [allergies, irritations, photosensibilisation, ...], mais calculera également les doses absorbées pour évaluer si quelques dommages ne seraient pas à craindre du côté du foie, des organes reproducteurs, du système digestif ... Et ici encore, la bonne connaissance de l'huile essentielle, de ces constituants même mineurs, de son devenir une fois posée sur la peau au sein du cosmétique est essentiel à l'évaluation de la sécurité. On ne s'étonnera donc pas de voir Copaïba s'y étendre longuement dans les dossiers d'information du produit 1223/2009/CE art. 11 que nous rédigeons. Et c'est grâce à ces analyses de sécurité construites en détails, sur des bases solides, que vous pouvez être sûre, vous esthéticienne qui massez chaque jour des heures durant avec votre produit aux huiles essentielles, qu'il n'est pas toxique pour la merveille qui se développe dans le secret de votre uterus; ou vous revendeur de produits que vous n'allez pas voir votre clientèle vous revenir avec de bien ennuyantes plaques rouges disséminées partout là où votre crème aura été appliquée.

Devant toutes ces considérations, on pourrait être tenté de refuser les huiles essentielles – ou quelque produit analogue que ce soit – en bloc. Et de se tourner vers les parfums de synthèse, ou du moins les parfums pseudo-naturels, lesquels sont constitués de copies synthétiques de molécules naturelles. Ce serait là encore une décision prise pour de mauvaises raisons : si votre parfum contient du menthol, et si vous avez quelque raison que ce soit de  de soupçonner un souci avec le menthol présent dans l'huile essentielle, opter pour le parfum ne va rien arranger du tout. Nous en revenons toujours au même point. Avec souvent l'avantage d'une littérature scientifique plus abondante, ou basée sur une plus longue expertise du sujet, que pour bien des molécules de pure synthèse.

Reste alors l'argument de l'instabilité. Oui, la fragrance de certaines huiles essentielles a tendance à s'étioler dans certaines formules cosmétiques - mais d'autres combinaisons sont au contraire étonnament stables, des années durant. Et ici encore, point de généralisation possible : seule l'expertise permettra d'imaginer des solutions qui tiennent la route.

Copaïba travaille essentiellement les produits naturels, et se positionne clairement comme expert en la matière. Mais soyons bien clairs : le propos ici n'est pas de démontrer que les huiles essentielles sont supérieures, ou même meilleures, que les autres substances odorantes, quelle que soit leur origine, naturelle ou synthétique. Mais d'insister sur le fait que bannir les huiles essentielles en bloc pour se rabattre sur des substances inévitablement intrinsèquement simmilaires, contenant souvent les mêmes molécules, n'est pas une solution et n'évitera pas les éventuels problèmes. Comme le dit si souvent Angela Merkel, au grand dam de ses partenaires européens pressés d'annoncer des solutions faciles et définitives à leur électorat "es gibt keine einfache Lösung" - il n'y a pas de solution simple. Ce qui ne l'a pas empêchée d'accéder par quatre fois à la Chancellerie. C'est aussi le principe de Copaïba : pas de solution simpl[istes], mais un sens exacerbé du détail, pour mener vos formules au succès.

 

[10 avril 2018] viscosité II : dispersons petit ...

George Gabriel Stokes [1819 – 1903], fut un brillant mathématicien et physicien britannique, dont le nom reste entre autres contributions majeures attachés à la mécanique des fluides. La loi qui porte son nom permet de quantifier la vitesse de la chute d'une sphère au sein d'un liquide visqueux [ou, dans le cas qui nous intéresse particulièrement en cosmétique, le vitesse de remontée d'une gouttelette de phase grasse au sein d'une émulsion] en fonction de sa viscosité et de la taille de la dite sphère.

Cette loi, remarquablement simple pour un sujet aussi complexe que la mécanique des fluides, exprime que la vitesse est inversément proportionnelle à la viscosité, et proportionnelle au carré du rayon de la sphère qui chute [ou de la gouttelette d'huile qui remonte].

Autrement dit, plus le cosmétique sera visqueux, moins il déphasera. On aurait pu s'y attendre, et c'est bien pourquoi nous insistons lourdement pour que nos clients ne développent pas des formules trop fluides – il y a moyen d'avoir des touchers très légers, même avec des formules relativement visqueuses au repos.

Mais ce que la loi de Stokes exprime surtout – car la valeur est ici au carré – c'est que plus les gouttelettes seront petites, moins il déphasera. Arriver à formuler uen émulsion avec des gouttelettes de 10µm de diamètre [5µm de rayon, 25µm²] permet par exemple d'obtenir un cosmétique qui déphasera quasi dix fois moins vite que si les gouttelettes mesuraient 30µm de diamètre [15µm de rayon, 225µm²].

En pratique, les vitesse de remontée des goutelettes doivent rester incroyablement faibles : si déjà elles remontent d'un seul millimètre, une couche aqueuse apparaîtra dans le fond du cosmétique – ce millimètre par an constituant vraiment une limite haute si tant qu'on souhaite continuer à parler d'un cosmétique digne de ce nom. Et qui dit vitesse incroyablement faible [on est de l'ordre du milliardième de millimètre par seconde], impose donc soit une viscosité élevée, soit des goutellettes de très petites tailles [ce dernier paramètre étant d'autant plus efficace que c'est le carré de la valeur qui compte]. On voit ici toute l'importance d'une bonne formule assortie d'un bon processus d'homogénéisation.


[04 avril 2018] viscosité I : des courbes et des barres

Lorsque Copaïba développe une nouvelle formule cosmétique – et même par après – de nombreux paramètres techniques sont examinés, au travers de mesures spécifiques. Parmi ceux-ci, la viscosité est sans doute celui qui paraît le plus intangible, et reste probablement le moins compris par les clients pour qui nous travaillons à ces développements.

Cela n'est guère étonnant, car la viscosité est une grandeur qui échappe à notre volonté de mesurer les choses en une seule dimension : la table mesure 210 cm de long, mon garçon a 11 ans, ce livre compte 244 pages, la tension électrique domestique est de 240 volts, cette voiture développe 115 chevaux ... Avec la viscosité, nous sommes obligés de mesurer les choses en deux dimensions au moins, sous peine de la réduire à quelque chose qui n'exprime plus rien du tout.

Mais reprenons les choses dans l'ordre, afin de tenter d'y voir plus clair ... La viscosité est une grandeur qui exprime la force qu'il faut pour déplacer une surface de fluide par rapport à une autre immobile, à une certaine vitesse – par exemple, la force qu'il faut pour étaler avec son doigt une crème sur la peau [la surface qui se déplace est sous le doigt, la surface qui est immobile est sur la peau, et le doigt se déplace à une certaine vitesse]. Rien de bien compliqué à cela, en apparence du moins : si la force qu'il faut est grande, si donc le cosmétique résiste à l'étalement, il est dit visqueux; si la force est petite, si donc le cosmétique se déplace aisément sous le doigt, il est dit fluide.

Tout serait donc simple si les fluides se comportaient comme notre table, notre garçon, notre livre, notre tension électrique ou notre voiture : on pourrait leur attribuer une viscosité et les choses seraient dites. Mais les fluides se comportent de manière retorse, et leur viscosité change lorsque la vitesse de leur étalement change. D'une façon très générale, pour la plupart des cosmétiques disons, la viscosité est d'autant plus petite que la vitesse de déplacement est grande. Autrement dit, plus on fait couler et plus ça coule.

Ce comportement, très classique en cosmétique répétons-le, est plutôt rare lorsqu'on a affaire à des fluides "simples" : l'eau présente une viscosité toujours égale à elle-même, quelque soit sa vitesse d'écoulement. Mais dès le la structure des fluides devient un peu complexe – des émulsions avec des gouttelettes dispersées, des gels avec leurs fibres en réseau tridimensionnel, ... – le comportement change et se complexifie.

Les scientifiques n'étant jamais en reste pour trouver des belles appelations aux choses, tout un vocabulaire a été développé sur le sujet. Les fluides sages dont la viscosité ne change pas en fonction de la vitesse d'étalement sont appelés newtoniens; ceux dont la viscosité décroît quand la vitesse augmente sont dit rhéofluidifiants; et ceux encore qui sont rhéofluidifiants et qui gardent en mémoire quelque temps leur état fluide sont dits thixotropes; ...

Donc, nos cosmétiques – la plupart des cosmétiques –- sont rhéofluidifiants : ils restent bien sagement épais dans leur pot ou leur flacon, puis coulent aisément quand on les étale sur la main, ce qui les rend d'une douceur fondante très appréciée. Évidemment, tant la viscosité de départ [au repos] qu'en mouvement [étalée] diffère selon les cosmétiques, ce qui nous donne des belles courbes viscosité vs vitesses d'étalements. Pour un oeil non averti, comparer des courbes entre elles est assez compliqué. Aussi les exprimons-nous souvent chez Copaïba sous forme de graphiques en barre, reprenant les viscosités des cosmétiques à trois vitesses fixées - et tout de suite, l'oeil s'y sent plus à l'aise.

 

[07 mars 2018] le difficile choix des conservateurs anti-microbiens.

Choisir un mélange antimicrobien pour un cosmétique est toujours très compliqué. Car entre les demandes de nos clients et ce qu'offrent les substances disponibles, il nous faut souvent jouer les acrobates ...

Techniquement, un conservateur antimicrobien est une substance listée 1223/2009/CE annexe V [liste des agents conservateurs admis dans les produits cosmétiques]. Elle peut être naturelle* [SODIUM BENZOATE, POTASSIUM SORBATE, BENZYL ALCOHOL, METHYLPARABEN...] ou synthétique [2-BROMO-2-NITROPROPANE-1,3-DIOL, BENZALKONIUM CHLORIDE, IMIDAZOLIDINYL UREA, ...]
* nous entendons ici par naturelle une substance également retrouvée dans le monde végétal : acide benzoïque du benjoin, acide sorbique du sorbier, alcool benzylique des huiles essentielles, parabènes des mûres, des fraises ou des produits de l'abeille ...

Mais il existe également plusieurs substances qui ne sont pas listées dans cette annexe V du 1223/2009/CE - et qui dont, techniquement, ne sont pas des conservateurs - avec des propriétés anti-microbiennes : PHENYLETYL ALCOHOL, PHENYLPROPANOL, CAPRYLYL GLYCOL, USNEA BARBATA EXTRACT, ... Les utiliser permet d'afficher "cosmétique sans conservateur", ce qui peut être un avantage mercatique *
* rappelons tout de même que le législateur émet dans le 655/2013/CE que "Les allégations relatives aux produits cosmétiques [...] ne peuvent dénigrer [...] des ingrédients utilisés de manière légale."; autrement dit, il est permis d'informer [0% parabènes est une allégation qui permet au consommateur allergique à ces substances d'éviter ce cosmétique], mais pas de dénigrer [0% conservateur laisse tout de même sous-entendre que les conservateurs sont à éviter ...]

Certains conservateurs, dûment listés annexe V du 1223/2009/CE sont acceptés par la plupart des labels bio. C'est le cas des SODIUM BENZOATE, POTASSIUM SORBATE, BENZYL ALCOHOL, DEHYDROACETIC ACID par exemple. Que leur origine soit naturelle ou non d'ailleurs.

Par contre, certains labels bio vont exiger des sources naturelles pour tous les ingrédients non conservateurs, aussi trouve-t-on du PHENYLETYL ALCOHOL obtenu par distillation d'huiles essentielles, par exemple de pandanus.

Mais les critères de choix s'étendent bien au-delà de de ce que la dichotomie entre listés et non listés, naturels et synthétiques pourrait laisser entendre ...

Comme le but premier de ces substances est quand même de lutter contre les microbes, il faut qu'ils soient efficaces. Contre les bactéries, contre les champignons, contre les levures. Présents ou apportés au sein du cosmétique, mais aussi au-dessus, et dans la zone du pot non remplie. Le choix se fera donc aussi en fonction des associations à envisager pour couvrir l'ensemble des types de microbes différents. Ce qui passera évidemment par l'éviction de certains au profit d'autres.

Un autre aspect qui complique un peu plus le choix est celui de la toxicologie. Certes, raisonnablement, le législateur n'a pas autorisé des produits éminemment toxiques, mais certaines applications pourraient requérir une attention soutenue. Par exemple, si un cosmétique pour peaux intolérantes, irritables, sujettes à des dermatites atopiques est développé, il serait indiqué d'éviter le BENZYL ALCOHOL - il est connu comme allergisant - du moins dans des proportions importantes*.
* le BENZYL ALCOHOL est autorisé jusqu'à 1% [1223/2009/CE annexe V n°34] jusqu'à 1%; son pouvoir allergisant est faible, si pas inexistant, en usage sporadique mais l'usage chronique pourrait nettement dégrader ce score; il fut d'ailleurs "identifié par le SCCNFP [Scientific Committee on Cosmetic Products and Non-food Products] comme susceptible de susciter des réactions allergique" et sa présence dut être indiquée dans la liste des ingrédients dès 2003 [2003/15/CE].

Rajoutons-y certaines difficultés techniques - par exemple PHENYLETYL ALCOHOL qui une fâcheuse tendance à déstabiliser les émulsions, ou le PHENYLPROPANOL dont l'odeur est vraiment puissante - et il devient tout-à-fait évident que le choix d'un bon mélange anti-microbien est quelque chose de très complexe.

 

[06 mars 2018] les gels douches, si simples en apparence ...

Lorsque Copaïba consultance & formulation™ est approché pour développer un nouveau gel douche, un shampoing ou un quelconque soin lavant, nous savons que très rapidement nos clients afficheront leur perplexité devant les difficultés techniques inhérentes. Car si un tel produit peut sembler simple, et vendu pour trois sous en grandes surfaces, il cache cependant, si tant qu'on veuille travailler un peu différemment, une grande complexité.

Les gels douches à trois sous - et même nombre de plus prestigieux - renferment tous la même composition de base : AQUA [de l'eau] . SODIUM LAURETH SULFATE [un lavant synthétique] . COCAMIDOPROPYL BETAÏNE [un second lavant, pour plus de mousse] . SODIUM CHLORIDE [du sel, pour épaissir] . À laquelle s'ajoutent quelques dispersants du parfum, quelques épaississants encore, quelques colorants ... Pas chers à fabriquer, ils ont surtout l'immense avantage que leur formule de base constitue maintenant un classique du genre, stable et éprouvée. Et donc des frais de développement réduits.

Par contre, dès que l'on s'en éloigne, on quitte cette zone de confort où tout fonctionne sans souci pour s'aventurer dans les étendues marécageuses nanties de chausses-trappes inhérente à toute recherche . Nous exagérons un brin, mais c'est un peu ainsi que nous le vivons chez Copaïba.

Car un soin lavant est une espèce bizarre, un fluide renfermant de drôle de structures qui ne demandent qu'à changer d'état et à ruiner notre formule.

Un peu de théorie pour mieux comprendre ... Les lavants de synthèse, ou SynDets [Synthetics Detergents] sont des molécules hydrophiles par un bout [SULFATE] et lipophiles [LAURETH] par l'autre. Pour peu que leur concentration soit un brin importance, elles vont vite manquer d'eau pour s'étendre à leur aise dans le liquide, et former ce qu'on appelle des micelles - oui, comme dans les eaux micellaires. Ces micelles sont des structures où les parties hydrophobes du lavant se regroupent à l'intérieur, laissant les parties hydrophiles en contact avec l'eau, à l'extérieur. Et comme la nature est avare de son énergie, elles vont adopter la forme la moins dispendieuse : en baguettes si il y a assez d'eau autour d'elles, en boules [ce qui demande une certaine énergie, puisque une boule a une surface plus courbée, plus tordue, qu'une baguette] si l'eau vient à manquer. Et c'est la forme baguette qui nous intéresse, puisque ces baguettes vont former un réseau tridimensionnel au sein du liquide, et le gélifier - la forme gel étant évidemment bien plus confortable qu'un liquide, sauf si on veut faire des eaux micellaires, évidemment.

On force généralement les lavants à adopter la forme baguette en ajoutant du sel. En pratique, n'importe quel sel, mais c'est évidemment le moins cher qui est le mieux connu et le plus utilisé - on trouve donc du SODIUM CHLORIDE, le sel de cuisine, dans la majorité des gels douches. Suffisamment de sel pour former les baguettes, pas trop sinon les boules se forment et le gel se retrouve lamentablement liquide. C'est un équilibre délicat, déstructuré par le moindre corps gras que vous introduisez dans le gel douche - un parfum, une huile essentielle, ... - mais tant qu'on travaille avec des choses comme du SODIUM LAURETH SULFATE le formulateur s'en sort assez aisément.

Copaïba travaillant surtout les cosmétiques de niche, les formules à haute valeur ajoutée, les ingrédients naturels, nous sommes généralement contactés pour travailler avec des ingrédients tout autres. Car le SODIUM LAURETH SULFATE n'a pas que des avantages ... il lave si bien qu'il lave trop, déssèche la peau et se fait irritant. D'où les nouveaux tensides, issus de la fusion entre les huiles végétales et les protéines ou entre les huiles végétales et la glycérine végétale. On leur reconnait maintes propriétés : une meilleure mousse, une biodégradabilité supérieure, une douceur prololngée sur la peau, une irritation réduite, un déssèchement cutané évité, une toxicité largement moindre ... La liste est longue, et finalement ils ne pêchent que par deux aspects : leur prix généralement supérieur à celui des lavants classiques, et leur relative difficulté en formulation.

Et quand, évidemment, on veut travailler convenablement, sans gommes* [parce que ça bouche les tuyauteries], à un pH physiologique [ajuster le pH introduit des sels dans le liquide, et donc agit sur l'équilibre des micelles], avec des huiles essentielles [qui vont plus ou moins déstabiliser les micelles], sans substances éthoxylées [ce sont des épaississants magiques, mais issus de la pétrochimie], ... on accumule les soucis.
* les naturelles comme XANTHAN GUM, GUAR GUM, ... ou les synthétiques comme ACRYLATES/C10-30 ALKYL ACRYLATE CROSSPOLYMER, ...

Ce qui ne veut pas dire impossible, évidemment. Copaïba l'a déjà maintes fois démontré. Mais compliqué, avec des dizaines de tests et des jolis graphiques en couleurs qui garnissent nos écrans. Qu'importe, le résultat sera un soin magnifique. Mais vous savez maintenant qu'un soin lavant, c'est compliqué. Long. Difficile.

 

[21 février 2018] la qualité microbiologique du cosmétique et le challenge-test

Pour tous ceux qui veulent développer un cosmétique, la notion de challenge-test est généralement bien connue. Ce test de surinfection a pour but de vérifier si la formulation n'est pas propice au développement de micro-organismes; autrement dit, que grâce aux composants antimicrobiens y présents - qu'ils soient ou non listés conservateurs selon le règlement 1223/2009/CE annexe V - le cosmétique va pouvoir contrer les invasions des microbes.

Différents protocoles de tests existent, et il appartient à la personne chargée de l'évaluation de la sécurité du cosmétique d'opter pour le mieux adapté. D'une manière générale, on ensemence le cosmétique avec une série de souches microbiennes bien définies, et on vérifie que leurs concentrations diminuent rapidement. La norme ISO 11930 étant la référence en la matière.

Il est à noter que le législateur exige la production des résultats du challenge-test dans le dossier cosmétique [1223/2009/CE ann. I partie A3].

Par contre, la notion de qualité microbiologique du cosmétique est bien moins appréhendée. Or, elle ne désigne rien d'autre que les taux de contaminations du cosmétique en son état normal, autrement dit lors de sa vie de produit qui commence lors de sa fabrication pour se terminer sur la peau de l'utilisateur. Le législateur ne spécifie pas explicitement de normes en la matière, mais un ensemble de références constitue des lignes directrices claires. Par exemple, l'ISO 17516 fixe deux niveaux d'exigences, à savoir une limite acceptable à moins de 1000 cfu/g* pour les produits topiques et d’autre part une limite réduite à moins de 100 cfu/g* pour les produits utilisés au niveau de l’oeil ou des muqueuses, ou spécifiquement destinés à des enfants de moins de 3 ans.
* le cfu [colonian-forming unit] est une unité utilisée pour estimer le nombre de microorganismes viables dans un échantillon - viables étant défini comme la capacité de se multiplier, ce qui en pratique permet l'observation de points souvent joliment colorés qui se développent sur les milieux nutritifs où le cosmétique est déposé à des fins de test; et le cfu/g est alors le nombre de microorganismes viables dans chaque gramme de cosmétique - qui ne peut donc dépasser 1000 unités, voire 100 unités.

On pourrait se dire que si le conservateur démontre une bonne résistance aux invasions microbiennes - chose démontrée par le challenge-test - il est évident que sa qualité microbiologique sera bonne, puisque justement le cosmétique va contrer ces microbes. Les choses ne sont hélas pas si simples ...

Les cosmétiques, et plus encore les cosmétiques naturels, font appel à bon nombre d'ingrédients plus ou moins contaminables, qui dans notre contexte de commerce global peuvent contenir une série de contaminants, parfois sous forme de spores*, qui ne demandent qu'à se réveiller une fois que leur environnement y sera favorable. Et le challenge-test n'examine bien souvent qu'une partie - certes très significative - des contaminants possibles, en pratique ceux raisonnablement rencontrés dans la vie courante du cosmétique lors de ses contacts avec l'extérieur [lors de sa fabrication, de son conditionnement en pots/flacons, via les doigts de l'utilisateur notamment]. Mais d'autres, plus "exotiques" pourraient avoir la faculté de se développer là où les "classiques" sont anéantis par les composants de la formule cosmétique.
* les spores sont en quelque sorte des microorganismes déshydratés [là où une bactérie contient 80% d'eau, sa spore n'affiche plus que 10-20%] extrêmement résistants : elles peuvent survivre même dans des conditions défavorables, et permettre ainsi la dispersion de l'espèce, parfois à une grande distance de leur point d'origine ou des milliers d'années plus tard; et les champignons produisent naturellement des spores, mêmes hors conditions défavorables : ce sont leurs "graines".

En résumé, il convient de bien garder à l'esprit que :
I- les cosmétique doit être "propre" [moins de 1000, voire 100 cfu/g] à tout moment de sa vie : ISO 17516
II- le cosmétique doit résister aux invasions microbiennes lorsqu'il est mis en contact avec des microorganismes [via les doigts de l'utilisateur notamment] : ISO 11930